Monde
Quatre ans après la chute de Kaboul, le poids insoutenable des disparus

Des familles afghanes portent toujours le deuil de projets perdus et de vies brisées lors de l’évacuation chaotique de 2021.
Les scènes de désespoir sur le tarmac de l’aéroport international de Kaboul restent gravées dans les mémoires. En ce mois d’août 2021, alors que les talibans reprenaient le contrôle du pays, des centaines d’Afghans tentèrent l’impossible pour monter à bord des derniers avions militaires étrangers. Certains y laissèrent la vie.
Parmi eux, Shafiullah Hotak, jeune homme de 18 ans promis à des études médicales. Ce matin-là, il quitta son foyer avec pour seul viatique l’espoir d’une existence meilleure. Sa mère conserve précieusement son portrait, incapable d’oublier ses dernières paroles. Comme lui, Fida Mohammed Amir, dentiste de 24 ans, périt en chutant d’un appareil américain. Son père garde en mémoire l’appel anonyme qui lui apprit la terrible nouvelle.
Les circonstances exactes de ces décès demeurent obscures. Les autorités américaines ont clos l’enquête sans sanction, invoquant un contexte sécuritaire délétère. Pour les familles, cette absence de reconnaissance ajoute à la douleur. Aucune institution, afghane ou internationale, ne s’est officiellement manifestée auprès d’elles.
Dans le quartier populaire où vivait Shafiullah, le quotidien s’est figé. Son frère aîné évoque avec pudeur l’identification du corps, évoquant une épreuve au-delà des mots. Zakir Anwari, dont le jeune frère Zaki fut écrasé par un avion, décrit des nuits hantées par le souvenir des corps alignés sur le béton.
Ces drames individuels s’inscrivent dans un traumatisme collectif. L’évacuation précipitée marqua la fin brutale de deux décennies de présence occidentale, laissant derrière elle des milliers de collaborateurs afghans et un pays sous le choc. Quatre ans plus tard, sous le régime taliban, les espoirs de départ se sont éteints, mais pas la mémoire des disparus.
Les mères continuent de fleurir des tombes, les pères de questionner l’impensable. Payanda Ibrahimi résume cette douleur sourde : « Ils ne voulaient pas mourir, juste vivre ailleurs ». Une phrase qui résonne comme un épitaphe pour toute une génération sacrifiée sur l’autel des guerres et des transitions politiques.

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