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Quand la forêt cesse de respirer

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En pleine canicule, certains arbres cessent de transpirer pour survivre, une stratégie parfois fatale. Les forestiers observent les signes d’un dépérissement accéléré sous l’effet des chaleurs extrêmes.

Dans le massif de Fontainebleau, le chêne numéro 37 ne donne plus aucun signe de vie. Son tronc dénudé et son absence totale d’évapotranspiration trahissent un processus irréversible. Autour de lui, ses congénères tentent de résister en adaptant leur métabolisme face à des épisodes de chaleur de plus en plus fréquents. L’Office national des forêts suit de près cette lutte silencieuse qui se joue au cœur de l’un des plus grands massifs français.

Manuel Nicolas, responsable du réseau national de suivi des écosystèmes forestiers, explique que tous les arbres souffrent sur le territoire mais que les réactions varient selon les essences et les conditions locales. Comme les humains, les arbres transpirent pour réguler leur température interne. Lorsque la chaleur devient excessive, ce mécanisme s’emballe et les végétaux doivent choisir entre économiser l’eau ou poursuivre leur croissance.

Certains spécimens ferment rapidement leurs stomates, ces pores microscopiques situés sur les feuilles qui permettent les échanges gazeux. Cette fermeture réduit la transpiration mais stoppe aussi la photosynthèse, privant l’arbre de l’énergie nécessaire à son développement. À terme, il risque de mourir de faim. D’autres espèces, notamment celles dotées de racines profondes, maintiennent leurs stomates ouverts pour puiser l’eau du sol, quitte à se déshydrater.

Un arbre peut prélever jusqu’à deux cents litres d’eau par jour. Cette colonne liquide remonte du sol jusqu’à la cime sous l’effet de l’aspiration. Quand la tension devient trop forte, des bulles d’air peuvent pénétrer dans les vaisseaux conducteurs et provoquer une embolie gazeuse. Si ce phénomène touche un trop grand nombre de canaux, l’arbre meurt déshydraté.

Cette menace s’intensifie dans les forêts tempérées européennes. La France, qui possède la forêt la plus diversifiée du continent, a connu une succession de canicules et de sécheresses sévères. La mortalité des arbres a doublé en dix ans selon l’Observatoire national des forêts. Les projections indiquent que trente pour cent des essences pourraient dépérir d’ici 2050, le changement climatique imposant à ces écosystèmes un choc thermique équivalent à celui de dix mille ans d’évolution.

Les signes de faiblesse sont visibles dans les parcelles suivies depuis plusieurs décennies. Certains chênes conservent un houppier dense et vigoureux tandis que d’autres se dégarnissent ou perdent des branches entières pour préserver l’essentiel. La capacité de récupération varie selon l’espèce, la génétique, la nature du sol ou le microclimat. Les chercheurs peinent encore à expliquer pourquoi certains arbres succombent rapidement tandis que d’autres survivent.

L’épisode caniculaire de 2018 a par exemple grillé un bouquet de pins à Fontainebleau alors que d’autres conifères du même secteur restent en pleine santé. Pour le chêne numéro 37, le verdict est sans appel. Son voisin, en revanche, pourrait repartir l’an prochain ou mettre plusieurs années à mourir, encaissant les coups successifs comme un boxeur sur le ring.

Certaines espèces méditerranéennes montrent une meilleure résistance grâce à des adaptations spécifiques. Leurs feuilles petites, coriaces et recouvertes d’une cuticule imperméable limitent les pertes en eau. L’Office national des forêts étudie ces mécanismes pour anticiper les évolutions climatiques. Contre la canicule, les forestiers ne peuvent pas grand-chose mais ils cherchent à comprendre quelles essences seront adaptées dans un siècle pour aider la forêt à se transformer.

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