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Prévenir les violences sexuelles dès le plus jeune âge, un impératif éducatif


L’autrice Mai Lan Chapiron, elle-même victime d’inceste, plaide pour une pédagogie précoce et dédramatisée afin d’outiller les enfants et de briser les tabous.
La nécessité d’aborder la question des violences sexuelles avec les plus jeunes est plus que jamais d’actualité, alors que plusieurs affaires récentes ont profondément inquiété les familles. Pour Mai Lan Chapiron, autrice de livres pour enfants et fondatrice d’une association, il est urgent d’intégrer cette prévention aux apprentissages fondamentaux. Ses ouvrages, devenus des références pour de nombreux professionnels de l’enfance, visent à donner aux enfants des repères clairs et à libérer la parole.
Son premier album, intitulé *Le Loup*, aborde explicitement le sujet de l’inceste et est utilisé dans un cadre thérapeutique ou de dépistage. Consciente de la nécessité d’adapter le discours selon l’âge, elle a ensuite publié *C’est mon corps*, un livre illustré destiné aux enfants de deux à six ans. L’ouvrage, conçu sur un ton plus léger, énonce une règle simple et répétitive, à savoir que personne n’a le droit de toucher ses parties intimes. Un personnage de hibou ponctue les pages d’humour, tandis que le répertoire des interlocuteurs de l’enfant s’élargit, des proches aux figures imaginaires, pour toujours aboutir à la même réponse négative.
L’autrice souligne que sans ce cadre explicite, un enfant ne peut pas identifier une situation abusive. Elle rappelle son propre vécu, marqué par des agressions à l’âge de sept ans, et l’absence de discours préventif qui l’a conduite à intérioriser la faute. Selon elle, apprendre cette règle de sécurité est aussi essentiel que d’apprendre à traverser une rue ou à se méfier du feu. Cette éducation, en plus de protéger l’enfant, joue également un rôle dissuasif en normalisant l’interdit et en créant un environnement moins propice aux agressions.
Son message aux parents est direct. Elle les encourage à surmonter leurs appréhensions et à engager le dialogue, en dédramatisant totalement l’acte de parole. Ce qui est grave, insiste-t-elle, c’est l’agression elle-même, et non le fait d’en parler, lequel constitue au contraire un acte rassurant et protecteur. Elle constate que les ateliers de prévention en milieu scolaire, bien qu’ils génèrent initialement une certaine tension chez les adultes, se concluent le plus souvent par un sentiment général de soulagement et d’empowerment. L’objectif premier de ces séances n’est pas nécessairement de provoquer des révélations immédiates, mais bien de doter chaque élève de connaissances et d’une parole qui le protègent.





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