Monde
Premier voyage en train aux Émirats un pas de géant pour le Golfe
Le 30 juin 2026, le premier train de passagers des Émirats arabes unis a quitté Fujairah pour Abou Dhabi. Une révolution dans une région où le rail reste…


Le 30 juin 2026, le premier train de passagers des Émirats arabes unis a quitté Fujairah pour Abou Dhabi. Une révolution dans une région où le rail reste encore une rareté.
Il est 7h13 ce matin-là quand la rame entre en gare d’Abou Dhabi. Une scène banale ailleurs dans le monde, mais ici c’est une première. Les Émirats deviennent le deuxième pays du Golfe à proposer un train interurbain pour les voyageurs, après l’Arabie saoudite. Il a fallu près de vingt ans pour que le projet de réseau ferroviaire régional, annoncé en grandes pompes en 2009, commence à prendre vie. Pour l’instant, une seule ligne relie la côte est à la capitale, mais dix autres gares doivent ouvrir d’ici l’an prochain, notamment à Dubaï. C’est Keolis, filiale de la SNCF, qui exploite cette liaison.
À bord, les passagers mesurent le changement. Roda vient de Fujairah, un émirat moins coté que ses voisins. « Avant, on réfléchissait à deux fois avant de venir à Abou Dhabi », raconte-t-elle. Le train, avec ses sièges en cuir et son personnel souriant, change la donne pour le tourisme, le travail, la vie quotidienne. Gunjan Chaurasia, elle, a fait plus de cent kilomètres en voiture rien que pour être du voyage inaugural. Cette agente immobilière de 42 ans, qui a connu le train en Inde, a redécouvert des paysages cachés, invisibles depuis la route. Elle avait déjà pris le premier métro de Dubaï en 2009 et le premier tramway. Pour elle, ce nouveau moyen de transport devrait pousser les habitants à explorer d’autres émirats.
Mais tout n’est pas encore gagné. Les gares restent éloignées des centres-villes, le train plafonne à 200 km/h et l’essence est toujours très abordable pour les automobilistes. Pas simple de faire de ce train une alternative évidente entre Dubaï et Abou Dhabi. Pourtant, Etihad Rail prépare déjà l’étape suivante : un train électrique à grande vitesse entre les deux plus grandes villes du pays, attendu dans quelques années. Le réseau actuel, lui, compte environ 900 kilomètres de voies mises en service pour le fret dès 2023. Une infrastructure qui s’est révélée stratégique après les perturbations maritimes dans le détroit d’Ormuz, liées au conflit au Moyen-Orient. Elle a permis de rediriger des marchandises vers le port de Fujairah, sur le golfe d’Oman.
Au-delà des frontières émiraties, le projet devait s’inscrire dans un réseau régional de plus de 2 000 kilomètres reliant six monarchies du Golfe. Mais pour l’instant, seul le tronçon vers le port de Sohar, dans le nord d’Oman, est en chantier. Les intérêts divergents et les rivalités entre Émirats et Arabie saoudite freinent l’ambition. Samriddhi Vij, du groupe de réflexion ORF Middle East, observe que le développement du rail aux Émirats témoigne surtout d’une dynamique intérieure, pas d’une vraie intégration régionale. « La logique de connectivité existe, mais le facteur décisif a toujours été la volonté politique », résume-t-elle. Ce lancement marque un tournant pour la cohésion d’une fédération aux sept émirats contrastés. Les retombées économiques sont estimées à plus de 90 milliards de dirhams sur cinquante ans. Un pas de géant, mais encore solitaire.
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