Économie
Pétrole cher, dettes sous tension et boom de l’IA, le trio qui bouscule l’économie mondiale
Les grands argentiers de la planète se retrouvent à Bangkok, avec une économie prise entre deux forces opposées. D’un côté l’énergie qui renchérit tout…


Les grands argentiers de la planète se retrouvent à Bangkok, avec une économie prise entre deux forces opposées. D’un côté l’énergie qui renchérit tout, de l’autre l’intelligence artificielle qui tire la croissance, le tout sur fond de dettes publiques qui inquiètent jusqu’aux marchés.
Ministres des Finances et banquiers centraux des pays membres du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale se donnent rendez-vous à Bangkok. Réunions à huis clos, prises de parole publiques, le menu est dense. Trois dossiers dominent les échanges. Le prix de l’énergie, qui pousse l’inflation vers le haut. L’intelligence artificielle, qui soutient l’activité. Et des dettes publiques de plus en plus lourdes à porter. Le FMI doit y dévoiler ses prévisions actualisées, très attendues par des économies en quête de repères.
Le pétrole brut reste autour de 100 dollars le baril, alors que la guerre au Moyen-Orient se prolonge, et la facture pèse sur la conjoncture. Dans les pays développés, subventionner les entreprises et les ménages en creusant les déficits n’est plus tenable, tranche le FMI. Pour les pays en développement, la pression est d’une tout autre ampleur. S’y ajoutent les effets du phénomène El Niño, qui menacent les récoltes en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie. « Les États les plus pauvres encaissent les retombées d’un conflit au Moyen-Orient, la hausse des taux d’intérêt en Occident et une crise climatique aggravée », résume Kevin Gallagher, du Global Development Policy Center de l’université de Boston. Il juge le FMI et la Banque mondiale pas à la hauteur, et réclame à la fois des liquidités d’urgence à court terme et un financement de long terme pour rendre ces économies moins vulnérables.
La flambée des prix de l’énergie et de l’alimentation « ne laisse aucune marge de sécurité à des millions de familles », alerte de son côté Alexander De Croo, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement. Des dizaines, voire des centaines de millions de personnes risquent de basculer dans la pauvreté. Et les États les plus fragiles se retrouvent coincés. Soutenir leurs populations aujourd’hui, c’est sacrifier les investissements qui préparent l’avenir. Un choix impossible.
Pour juguler l’inflation, les banques centrales serrent la vis. États-Unis, Japon, zone euro, Inde, Australie, toutes ont relevé leurs taux directeurs, avec un risque assumé d’alourdir la facture des ménages et des entreprises. Le président de la Réserve fédérale américaine Kevin Warsh et la patronne de la Banque centrale européenne Christine Lagarde s’exprimeront notamment à Bangkok. Kristalina Georgieva, elle, appelle à la prudence. Un resserrement trop brutal peut casser l’activité. Mais une inflation qui échappe à tout contrôle devient vite la principale menace pour les populations.
Les marchés obligataires ajoutent leur propre tension. Les rendements des dettes souveraines américaines, japonaises et européennes s’envolent, sous l’effet de plusieurs facteurs. L’inflation, la remontée des taux directeurs, les levées de fonds massives des géants de l’IA qui viennent concurrencer les émissions des États, et l’inquiétude autour de dettes publiques colossales. « Si la crise énergétique continue et que les fragilités politiques s’intensifient, il peut y avoir un mouvement obligataire plus fort, un scénario où la zone euro est plus exposée car les niveaux de dette y sont plus élevés », prévient Ana Boata, économiste chez Allianz Trade. La France concentre l’attention, avec un taux d’emprunt à dix ans qui s’approche des 5 %. Les rendez-vous des ministres des Finances du G20 prennent dans ce contexte une importance particulière, d’autant que le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent ne sera pas présent.
Reste l’autre moteur, l’intelligence artificielle. Les investissements colossaux qu’elle génère dopent la croissance aux États-Unis et dans une partie de l’Asie, et font s’envoler les places boursières. L’un des cofondateurs de l’américain Anthropic sera présent à Bangkok, signe que le sujet s’invite partout. « L’IA s’impose rapidement comme un moteur essentiel dictant les trajectoires de prospérité des pays », avertit Kristalina Georgieva. La dynamique reste pourtant très inégale selon les pays. Une simple perte de confiance suffirait à faire fuir les investisseurs et à menacer la stabilité financière, au moment même où les questions sur l’impact de l’IA sur le marché du travail se multiplient.
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