Société
La mobilisation lycéenne ne lâche rien et prépare une journée à haut risque
Des centaines d’établissements encore bloqués et un adolescent grièvement blessé près de Lens. Les syndicats rejoignent le mouvement à la veille d’une…


Des centaines d’établissements encore bloqués et un adolescent grièvement blessé près de Lens. Les syndicats rejoignent le mouvement à la veille d’une journée que le gouvernement redoute.
La colère dans les lycées n’est pas retombée lundi, même si le souffle a légèrement diminué. Près de six cents établissements étaient perturbés, contre presque huit cents en fin de semaine. Dans le centre de Paris, au lycée Charlemagne, Simon explique pourquoi le blocage ne faiblit pas. « Ils pensent que parce qu’ils nous laissent nous exprimer sur une plateforme, sur internet, on va arrêter de bloquer, d’être en colère, sauf que la colère, elle est là depuis des années. » Dans le même établissement, Alma aligne les raisons. Le manque de moyens, les professeurs absents, des locaux qui tombent en ruine, Parcoursup, et cette chute dans le classement PISA. Pour elle, le constat est simple, l’école ne remplit plus son rôle.
La journée a viré au drame à Lens. Un adolescent de quinze ans a eu la main arrachée pendant une manifestation. Le parquet ne sait toujours pas, à ce stade, s’il a ramassé une grenade ou si l’engin est retombé sur lui. Le ministre de l’Éducation Édouard Geffray a évoqué un épisode « humainement dramatique », tout en reconnaissant ignorer les circonstances exactes. Le bilan humain s’alourdit semaine après semaine. Depuis le début du mouvement, 215 élèves ont été blessés, la très grande majorité dans des accidents ou à cause de personnes extérieures aux rassemblements. Quatre-vingt-cinq membres du personnel éducatif ont aussi été touchés.
Ces chiffres alimentent la défiance. Plusieurs organisations syndicales et associations accusent le pouvoir d’avoir réprimé les mobilisations avec une brutalité disproportionnée, histoire de faire taire des revendications pourtant légitimes. Dix enquêtes ont été confiées à la police des polices. La Ligue des droits de l’homme parle d’une dérive générale par rapport à l’état de droit. Devant le groupe scolaire Saint-Joseph-de-la-Madeleine, à Marseille, les slogans disent cette inquiétude. « On veut le bac, pas la BAC », pouvait-on lire, ou encore « On envoie des SOS, on reçoit des CRS ».
Le mouvement déborde désormais largement les murs des lycées. Trente-deux sites universitaires étaient bloqués lundi, et les forces de l’ordre sont intervenues à Sorbonne Nouvelle pour déloger des étudiants retranchés dans le hall. Pour mardi, l’Union syndicale lycéenne promet un « acte III » que Matignon redoute, convaincu que la mobilisation a basculé vers des violences urbaines. Entre vingt mille et quarante mille personnes pourraient défiler à Paris. Une intersyndicale de l’Éducation nationale a affiché son soutien aux jeunes. Sur TF1, Sophie Binet, de la CGT, a promis que ses militants seraient présents « pour protéger les lycéennes et lycéens ».
Face à cette montée, l’exécutif tente de reprendre la main. Des appels à une « semaine noire » circulent sur les réseaux sociaux, et le mouvement, parti de la région parisienne à la mi-septembre, s’est répandu un peu partout. Depuis le début, plus de cinq mille personnes, dont 87 % de mineurs, ont été placées en garde à vue, et 1 802 font l’objet de poursuites. Le texte « casseurs-payeurs », qui vise à faire payer les dégâts aux membres d’un groupement même sans preuve de participation directe, sera examiné au Sénat le 27 octobre. Sébastien Lecornu a, lui, fixé cinq chantiers à ses ministres, avec de premières décisions attendues avant la fin du mois, et appelle à une reprise progressive des cours partout où c’est possible.
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