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Neuf journaux régionaux à l’arrêt pour défendre leur métier et dire non à l’IA

Dans neuf quotidiens régionaux, les salariés ont cessé le travail pour refuser un plan de départs volontaires et l’arrivée massive de l’intelligence…

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Neuf journaux régionaux à l'arrêt pour défendre leur métier et dire non à l'IA

Dans neuf quotidiens régionaux, les salariés ont cessé le travail pour refuser un plan de départs volontaires et l’arrivée massive de l’intelligence artificielle dans les rédactions. Une mobilisation inédite par son ampleur, qui doit peser sur des négociations bouclées en novembre.

Le mouvement a de quoi surprendre par sa taille. Dans les neuf quotidiens régionaux du groupe Ebra, propriété du Crédit Mutuel, les salariés ont majoritairement arrêté le travail. Côté syndicats, on avance le chiffre de 67 % des effectifs de l’ensemble des titres. La direction, elle, n’a communiqué aucun taux de participation.

Devant le siège du Crédit Mutuel à Strasbourg, une centaine de salariés s’étaient rassemblés dans la matinée. À Besançon, les grévistes distribuaient des tracts dans la rue. Sur leurs pancartes, deux slogans disaient l’essentiel, « Info menacée, démocratie en danger » et « Ebracadabra, demain un journal fait à l’IA ».

Ebra, pour Est Bourgogne Rhône-Alpes, édite Le Dauphiné libéré, Le Bien public, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Progrès, L’Est républicain, Le Républicain lorrain, Vosges Matin, L’Alsace et Les Dernières nouvelles d’Alsace. Ces titres couvrent 23 départements, de Grenoble à Strasbourg en passant par Lyon, Dijon, Nancy, Metz, Épinal ou Chalon-sur-Saône. Tous ont été touchés, du jamais-vu à cette échelle selon les syndicats.

Ce que les salariés contestent tient en deux volets. D’abord un plan de départs volontaires visant jusqu’à 400 postes sur environ 3 200, annoncé fin juin. Ensuite le recours à l’intelligence artificielle. Un tiers des postes de secrétaires de rédaction, chargés notamment de la mise en page des journaux, doivent disparaître, et l’IA doit épauler massivement les journalistes qui resteront sur ces fonctions.

Pour les représentants du personnel, le compte n’y est pas. Le projet porte, selon eux, une atteinte directe à la qualité de l’information et s’en prend au métier de journaliste lui-même. La fiabilité des outils pose aussi question. Les tests présentés récemment n’ont, disent-ils, rien de convaincant. Les techniciens sont concernés au premier chef, à l’image de ce salarié d’une rotative strasbourgeoise, en poste depuis 1991, qui déplore un manque d’informations et décrit des tensions et des peurs dans les équipes. Sans mobilisation, estime-t-il, la direction ne sentirait aucune pression.

De son côté, la direction assure prendre acte de la mobilisation et dit mesurer les inquiétudes exprimées. Elle répète que le plan repose exclusivement sur le volontariat et qu’aucun départ ne sera contraint. Les outils d’intelligence artificielle, plaide-t-elle, sont conçus pour faciliter le travail des rédactions, non pour les remplacer.

Reste le contexte, qui pèse sur tout le secteur. Comme la plupart des titres de presse, les journaux du groupe subissent l’érosion de la diffusion papier et la baisse des revenus publicitaires, avec des ventes au numéro et des abonnements en recul depuis dix ans. La perte opérationnelle a dépassé les 10 millions d’euros en 2025. Les négociations avec les instances représentatives du personnel s’achèveront le 2 novembre. D’ici là, les grévistes veulent aussi faire entendre leur voix auprès de l’actionnaire, le Crédit Mutuel, qu’ils jugent bien silencieux depuis l’annonce du plan.

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