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Des éclairs plein les yeux pour repousser les manifestants

Des boucliers bardés de lumières stroboscopiques débarquent dans les rangs des forces de l’ordre. Le dispositif, encore expérimental, promet d’écarter les…

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Des éclairs plein les yeux pour repousser les manifestants

Des boucliers bardés de lumières stroboscopiques débarquent dans les rangs des forces de l’ordre. Le dispositif, encore expérimental, promet d’écarter les cortèges mais fait grincer des dents chez les défenseurs de la presse et des libertés.

Ces derniers jours dans la capitale, des agents ont été aperçus derrière un bouclier traversé d’une bande lumineuse, capable de lancer des flashs verts ou blancs à un rythme très soutenu. L’objet vient s’ajouter à la panoplie déjà déployée pour canaliser les cortèges, à côté des grenades lacrymogènes, des grenades de désencerclement et des lanceurs de balles de défense. Le ministère de l’Intérieur ne cache pas la démarche. Il parle d’une expérimentation portant sur du matériel éblouissant, envisagé comme un moyen de force intermédiaire dans l’échelle des réponses possibles au maintien de l’ordre. Le travail de fond, lui, remonte à 2023 et concerne l’ensemble des forces de sécurité intérieure.

L’idée tient en quelques mots. Gêner les manifestants pour les empêcher de jeter des projectiles sur les policiers et les gendarmes. Côté police, on décrit la scène type, une position dite de fixation, avec une unité d’un côté et un groupe de l’autre qui balance des objets. Dans ce face-à-face, les flashs se révèlent redoutablement efficaces pour disperser la foule. La lumière est si vive que plus personne ne parvient à regarder en direction des forces de l’ordre. Un voile se forme, et les manifestants ne distinguent plus rien. Les boucliers n’entrent en jeu qu’au moment où les incidents éclatent, et seulement après les sommations d’usage. Pensés pour les agents qui interviennent à pied, ils ont d’abord existé sous forme de prototypes, nés de discussions avec des industriels. Quatorze ceintures blanches et vertes, conçues pour se fixer sur les boucliers antiémeute classiques, ont été mises au point puis distribuées à la gendarmerie, à la police nationale et à la préfecture de police. La teinte verte serait la plus efficace en plein jour. L’expérimentation se poursuit dans plusieurs services, sans que le ministère précise les unités concernées ni le montant de la facture. À Paris, la brigade de répression de l’action violente motorisée a été équipée de ces boucliers lumineux lors des récents rassemblements.

Du côté des détracteurs, la critique est double. Les journalistes comme les manifestants ne pourraient plus filmer correctement l’action policière, et les flashs poseraient problème pour la santé. Le ministère répond que la lumière provient de diodes et qu’elle est sans danger pour l’être humain. Sur les réseaux sociaux, Reporters sans frontières s’inquiète d’un usage susceptible d’empêcher les journalistes de produire des images exploitables, en rappelant que le maintien de l’ordre ne doit pas s’exercer au mépris du droit d’informer. La présidente de la Ligue des droits de l’Homme, Nathalie Tehio, réclame le retrait du dispositif, pointant une entrave à la presse et aux observateurs. Elle évoque aussi les risques pour les personnes épileptiques. Le jour, la lumière donne d’abord mal à la tête, mais on parvient encore à voir de loin. Le soir, plus rien n’est visible, et les images filmées ne montrent plus que les éclairs. L’observation indépendante, insiste-t-elle, bénéficie d’une protection au niveau international. L’eurodéputée Manon Aubry dénonce de son côté une grave atteinte à la liberté d’information. La police balaie l’argument d’un revers. Refuser les images reviendrait, selon elle, à se desservir elle-même.

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