Société
Les nouveaux visages de la colère lycéenne et étudiante
Ils prennent la parole dans les cortèges, enchaînent les plateaux et croisent parfois les ministres. Voici ceux qui incarnent aujourd’hui la mobilisation…

Ils prennent la parole dans les cortèges, enchaînent les plateaux et croisent parfois les ministres. Voici ceux qui incarnent aujourd’hui la mobilisation des lycéens et des étudiants.
À la tête des défilés, ils sont devenus les visages d’une grogne qui ne retombe pas. Ryad Rani, 19 ans, ouvre le bal chaque semaine place de la Bastille, à Paris. Fraîchement bachelier, ce Nordiste de Wattrelos, candidat sur une liste d’union des gauches menée par LFI, refuse l’étiquette de leader. Il préfère celle de relais, un simple passeur de la parole lycéenne. « La mobilisation continuera et nous ne lâcherons rien », martèle-t-il devant une forêt de micros.
Son camarade Marius Mesnil, co-secrétaire général de l’Union syndicale lycéenne, joue un autre rôle. Reçu au ministère de l’Éducation, ce Francilien siège depuis 2024 au conseil académique de la vie lycéenne de Créteil. À la sortie de l’entretien, il appelle à amplifier le mouvement, face aux caméras.
Pas encore 17 ans et déjà une voix qui porte. Louis Letoublon, étudiant en première année à Sciences Po Bordeaux, est vice-président des Lycéens, une organisation née fin 2020. Invité vendredi sur un plateau de télévision, il assume une ligne claire. « Mon organisation est apartisane, aucun d’entre nous n’est encarté ou militant dans un parti. Par contre, nous ne sommes pas apolitiques, nous défendons des mesures politiques. » Son engagement ne date pas des premiers blocages, puisqu’il a été élu au Conseil supérieur de l’Éducation pour l’année 2025-2026.
Face à lui, Nathanaël Combary ne partage pas tout. À 18 ans, ce bachelier fraîchement diplômé au Mans préside depuis janvier 2025 le conseil d’administration du Renouveau lycéen, fondé en 2021. Sur le plateau, les deux hommes s’opposent, notamment sur l’avenir de Parcoursup. Étudiant à l’Inalco, Combary revendique une association sans parti, même si les siens peuvent être encartés ailleurs. Lui-même est adhérent de Renaissance.
Le mouvement déborde aussi des organisations. Elwan, lycéen du 9e arrondissement parisien, a explosé sur les réseaux grâce à une réplique cinglante lâchée sur une chaîne Youtube proche de l’extrême droite. Mardi, dans la manifestation, il a croisé Jean-Luc Mélenchon et lui a glissé qu’il l’adorait. Invité ensuite sur les plateaux, il garde la tête froide. « Ça me fait plaisir d’être vu, mais je ne veux pas prendre la grosse tête », confie-t-il, appelant les médias à valoriser davantage les gens de banlieue, alors que lui se décrit comme blanc, avec un capital culturel conséquent.
Sa notoriété l’a conduit à croiser le fer avec une autre figure repérée pour son bagout. Louise Montangon, 22 ans, étudiante en philosophie à Bordeaux, responsable syndicale à l’Uni et candidate RN aux municipales, s’est illustrée face à Gabriel Attal. « Ça sert à rien de me regarder avec votre petit sourire, vous êtes le visage du laxisme », a-t-elle lancé. Certaines chaînes d’information en ont fait une invitée régulière, allant jusqu’à la présenter comme une star. Elle s’affiche en opposante au mouvement.
À l’université, la contestation a aussi ses voix. Sabrine Kharbach, étudiante marseillaise en master d’anthropologie sociale, élue au Conseil national de l’enseignement supérieur, porte la ligne de l’Union étudiante. Son leitmotiv, martelé toute la semaine, tient en une phrase. « Tant qu’il n’y aura pas 10 milliards sur la table, on n’arrêtera pas de se mobiliser. » Elle juge le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste irresponsable, incapable de trancher, et réclame un dialogue direct avec le Premier ministre Sébastien Lecornu.
Suzanne Nijdam, elle, pose une question qui résume l’impasse. « Jusqu’où ça va aller pour que cette situation se calme ? » Réélue en septembre à la présidence de la Fage, première organisation étudiante, cette étudiante sage-femme à Dijon avance sa réponse. « Les clés de l’apaisement qu’on nous demande tant, c’est que le gouvernement réponde à ces revendications budgétaires concrètes. »
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