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Le gazole a doublé et les pêcheurs n’ont aucune porte de sortie

Pour les chalutiers, le carburant peut engloutir près d’un tiers du chiffre d’affaires. Coincés entre des quotas et un prix du poisson fixé ailleurs, les…

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Le gazole a doublé et les pêcheurs n'ont aucune porte de sortie

Pour les chalutiers, le carburant peut engloutir près d’un tiers du chiffre d’affaires. Coincés entre des quotas et un prix du poisson fixé ailleurs, les armateurs n’ont presque aucun moyen d’encaisser la hausse.

Le gazole est détaxé, teinté en bleu, réservé aux marins. Ça ne suffit pas à les sauver. Depuis janvier, son prix a grimpé du simple au double, jusqu’à 1,21 euro le litre en moyenne début octobre. Et pour ceux qui tirent des chaluts, cette facture devient une question de survie. « On est complètement coincés », résume Jérôme Nicol, directeur opérationnel de l’Armement de la pêche artisanale de Keroman, à Lorient.

L’armement qu’il dirige aligne cinq chalutiers polyvalents de 20 à 24 mètres. Chacun avale en moyenne 1.400 litres de carburant. Un gouffre. Sauf qu’à la criée, le prix du poisson ne se négocie pas. Impossible donc de répercuter la moindre hausse des charges sur la vente. Et impossible de pêcher davantage, les quotas verrouillent les volumes. « On est prisonniers, on n’a aucun levier », lâche-t-il.

La douloureuse ne s’arrête pas aux armateurs. Les marins sont payés au prorata des recettes de la pêche, et Jérôme Nicol chiffre la perte sur leur salaire entre 200 et 600 euros par mois. Tous ne sont pas logés à la même enseigne pour autant. Un chalutier de fond qui part travailler au large peut brûler jusqu’à treize fois plus qu’un navire moyen. Pour Olivier Guyader, chercheur à l’Ifremer, « 25 à 30% du chiffre d’affaires partent en fumée » chez ces gros consommateurs. À l’inverse, un petit côtier qui travaille à la ligne, au filet ou au casier encaisse mieux le choc, même si Thomas Le Gall, ligneur à Audierne, juge la « situation assez angoissante ».

Alors, quoi faire ? Pour les petits navires qui rentrent au port chaque soir, une propulsion électrique semble envisageable, selon Jérôme Jourdain, de l’Union des armateurs à la pêche de France. Mais pour les unités qui restent des semaines en mer, « je ne vois pas de technologie qui nous permettrait de faire autrement », tranche-t-il. À Lorient, on planche sur un moteur hybride ou sur une meilleure hydrodynamique des chaluts. Les gains attendus restent modestes. « Il n’y a pas de solution miracle », admet Jérôme Nicol.

Certains chercheurs poussent le raisonnement plus loin. Didier Gascuel, professeur en écologie marine à l’Institut Agro de Rennes, réclame une « déchalutisation organisée » étalée sur vingt ou trente ans. Selon lui, cet engin est « condamné à terme » et ces bateaux survivent aujourd’hui « sous perfusion de l’État ». Le gouvernement a lâché plus de 30 millions d’euros depuis le début de la flambée, sans compter la détaxe du gazole, que l’OCDE classe comme une subvention. Sans elle, ces pêcheries « s’effondreraient du jour au lendemain », estime le chercheur. En attendant, les armateurs n’ont pas de plan B. « Nos bateaux sont conçus pour faire le métier du chalut, pas autre chose », rappelle Jérôme Nicol.

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