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À Bayeux, Gaza et l’Ukraine s’invitent au palmarès des reporters de guerre

Un photographe indépendant basé à Gaza remporte le grand prix photo du 33e Prix Bayeux des correspondants de guerre, ainsi que le prix du public. Une…

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À Bayeux, Gaza et l'Ukraine s'invitent au palmarès des reporters de guerre

Un photographe indépendant basé à Gaza remporte le grand prix photo du 33e Prix Bayeux des correspondants de guerre, ainsi que le prix du public. Une édition largement marquée par Gaza et par les violences en Cisjordanie.

Mahmoud Abu Hamda n’a pas pu venir chercher son trophée en personne. Ce photographe palestinien, qui travaille en indépendant depuis la bande de Gaza, s’est exprimé à distance, dans une vidéo. Il y décrit une vie quotidienne « extrêmement difficile » sur place, et confie ce qui compte le plus à ses yeux. « Mon plus grand honneur est que ces photos aient pu sortir des frontières de Gaza », lâche-t-il. Sa série, intitulée « Ce que la guerre laisse derrière elle », lui a valu le prix du public.

Un reportage inédit, jamais publié, qu’il a envoyé lui-même aux organisateurs, lui a permis de décrocher le premier prix photo. Ses images documentent les destructions dans la bande de Gaza et la souffrance de ses habitants, trois ans après le début de la guerre entre Israël et le Hamas, déclenchée par l’attaque du mouvement islamiste palestinien dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023. La présidente du jury, la reporter de guerre canadienne Lyse Doucet, elle-même lauréate en 2014, s’est dite « touchée » de vivre cette soirée entourée de dizaines de lycéens, à une période « si tendue » pour la jeunesse.

Le reste du palmarès va dans le même sens. En presse écrite, la Canadienne Siobhán O’Grady et ses deux collègues ukrainiens ont été distingués pour avoir raconté l’histoire d’un soldat ukrainien resté piégé sur la ligne de front pendant 177 jours. La journaliste a rendu hommage à tous ces reporters ukrainiens qui ont dû arrêter d’informer pour aller se battre. En radio, le Palestinien Anas Baba, 31 ans, basé à Gaza, a été récompensé pour un reportage sur la récupération des corps des victimes. Son père, le photographe Mohammed Abed, aujourd’hui exilé au Caire, est monté sur scène avec sa fille pour évoquer ses « émotions complexes ». « Tel père tel fils, mais je ne le remplace pas, je nourris le rêve qu’un jour il soit lui-même sur cette estrade », confie-t-il.

À la télévision, le trophée et le prix de l’image vidéo reviennent à Jeremy Diamond, Abeer Salman et Cyril Theophilos, pour un reportage consacré à des soldats israéliens venus prêter main-forte aux colons en Cisjordanie. Dans un message vidéo, Jeremy Diamond a remercié son collègue Cyril Theophilos, agressé physiquement pendant le tournage mais qui a continué à filmer pour montrer ce qui se passe dans la région. Chez les jeunes reporters, le prix photo a été décerné au Palestinien Jehad Alshrafi, de l’Associated Press, pour sa série « Endless War and Devastation in Gaza ».

Dans une vidéo pré-enregistrée, Jehad Alshrafi a remercié le jury, évoquant un « immense soutien moral », et a dédié son prix « à tous les confrères de Gaza et à ses habitants ». L’une de ses images, montrant des footballeurs jouant sur un terrain entouré de ruines, s’était retrouvée au cœur d’une polémique. La mairie de Deauville l’avait retirée d’un festival de photographie sportive, quelques jours après une demande d’un influenceur pro-israélien sur Instagram. Le tribunal administratif de Caen a finalement ordonné à la mairie de la réafficher, la ville assurant n’avoir subi aucune pression.

D’autres prix spéciaux ont été remis. La BBC a été distinguée pour un travail sur l’Afghanistan, tout comme le magazine Society pour un sujet sur Haïti et la chaîne française BFMTV pour son documentaire « Gaza, l’arme de la faim ? ». Le journaliste palestinien de BFMTV Iyad Alasttal a livré un message qui a marqué les esprits. C’est grâce aux journalistes palestiniens, insiste-t-il, que l’on saura si ce qui se passe à Gaza relève d’un massacre, d’un génocide ou de crimes de guerre. « N’oubliez pas Gaza », a-t-il lancé pour conclure.

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