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Les tickets-resto gardent leur accès au supermarché, les restaurateurs montent au créneau

Les députés ont voté lundi la prolongation de l’usage des titres-restaurant dans la grande distribution, avec une inscription définitive prévue pour 2028.…

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Les tickets-resto gardent leur accès au supermarché, les restaurateurs montent au créneau

Les députés ont voté lundi la prolongation de l’usage des titres-restaurant dans la grande distribution, avec une inscription définitive prévue pour 2028. Une décision qui soulage les salariés mais fait grincer des dents les restaurateurs, inquiets de perdre du terrain.

Les députés en ont décidé ainsi lundi. Par 87 voix contre aucune, ils ont validé le fait que les titres-restaurant puissent toujours servir à régler ses courses au supermarché. Le dispositif lancé en 2022 autorisait déjà l’achat de n’importe quel produit alimentaire, pâtes ou farine compris, et plus seulement un déjeuner prêt à consommer. Cette dérogation avait été reconduite deux fois et devait s’éteindre au 31 décembre. Le texte voté lui accorde une année de plus, avant une installation permanente dans le droit à partir de 2028. Quelque six millions de salariés utilisent ces bons d’achat, financés en partie par l’employeur et imaginés au départ pour couvrir le repas de midi.

Sur le principe, les parlementaires se sont presque tous rejoints. Le vrai clivage est venu d’ailleurs. Les restaurateurs voient d’un mauvais œil ce titre qui, selon eux, se mue peu à peu en titre-caddie. L’Umih, leur principale organisation patronale, a porté cette crainte. Les chiffres traduisent une bascule réelle. Entre la fin 2022 et le milieu de 2024, la part des dépenses réglées en titres-restaurant dans la grande distribution est passée de 22% à 31%. Pour freiner le mouvement, des députés ont suggéré deux plafonds quotidiens distincts, l’un pour les restaurants, l’autre pour les commerces alimentaires, avec un avantage pour les premiers. Aujourd’hui, un salarié peut dépenser jusqu’à 25 euros par jour, où qu’il aille.

Richard Ramos, député MoDem, a tenté sans succès de faire fixer les montants par décret, après concertation avec les professionnels. Il a défendu les restaurateurs, qu’il dit « en train de crever », avec une formule imagée rappelant que « manger, ce n’est pas mettre des calories entre la lèvre supérieure et inférieure ». Un autre sujet a enflammé les débats, celui des commissions prélevées par les émetteurs de titres. Le mécanisme est simple. Les employeurs achètent les titres auprès de sociétés spécialisées, qui les remettent ensuite aux salariés. Quand ceux-ci paient leur repas ou leurs courses, l’émetteur rembourse le commerçant en retenant des frais pouvant grimper jusqu’à 4 à 5% de la somme. Quatre acteurs historiques se partagent l’essentiel du marché.

Cette concentration a des antécédents lourds. En 2019, l’Autorité de la concurrence leur avait infligé près de 415 millions d’euros d’amendes pour des pratiques anticoncurrentielles. Le député LFI Hadrien Clouet a remis le sujet sur la table, dénonçant « un cartel [qui] rackette les petits patrons » et proposant de plafonner les commissions autour de 2%. Il a insisté sur ce que cela représenterait concrètement, évoquant des milliers d’euros rendus aux commerçants. Sa proposition n’a pas été retenue. Le texte instaure un nouveau cadre, mais sans plafond. Il ouvre toutefois la porte à un plafonnement ultérieur décidé par décret.

D’autres changements accompagnent la réforme. Les titres-restaurant deviendront entièrement dématérialisés à partir de 2028. Leur usage sera autorisé les dimanches et jours fériés. Et la possibilité d’en faire don à des associations d’aide alimentaire sera généralisée. Le texte doit maintenant franchir une nouvelle étape, son examen par le Sénat.

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