Nous rejoindre sur les réseaux

Société

Parcoursup concentre la grogne des lycéens et s’invite déjà dans la campagne

La plateforme d’orientation post-bac, lancée en 2018, attise le mécontentement d’une génération stressée et parfois privée d’affectation. Derrière les…

Article

le

Parcoursup concentre la grogne des lycéens et s'invite déjà dans la campagne

La plateforme d’orientation post-bac, lancée en 2018, attise le mécontentement d’une génération stressée et parfois privée d’affectation. Derrière les critiques, la question du nombre de places dans l’enseignement supérieur public reste entière.

Lancée en 2018, en même temps qu’une refonte du baccalauréat qui installait le contrôle continu et faisait disparaître les séries S, ES et L, la plateforme Parcoursup devait régler un casse-tête bien connu des candidats. Jusque-là, quand une formation recevait plus de demandes que de sièges disponibles, le sort décidait. Désormais, ce sont les dossiers qui tranchent, avec les notes, l’assiduité et le comportement comme critères. Chaque candidat, qu’il soit en terminale ou en réorientation, compose une liste de dix vœux. La différence avec la plateforme qui l’a précédée tient à un mot, le classement, appliqué y compris aux licences générales. Les réponses tombent au compte-gouttes, et l’attente peut durer des semaines.

La pression pèse lourd. Pierre, 18 ans, élève en terminale STMG dans un lycée public parisien réputé, parle d’un système qui « nous met constamment sous la pression » et qui, selon lui, finit par « nous enterrer ». Une étude menée depuis 2024 par l’Inserm et l’Université Paris-Cité, dont les derniers résultats ont été publiés début octobre, pointe une baisse marquée du bien-être mental chez les 70 % d’élèves que la plateforme stresse. Nina, 16 ans, en première à Lille, se demande « où on va finir » et si elle parviendra à faire quelque chose qu’elle aime. Elle a le sentiment que les stages, les recommandations et les notes ne pèsent rien dans la balance.

Les chiffres nourrissent l’amertume. À l’issue de la phase principale, en juillet, plus de 100 000 candidats se sont retrouvés sans affectation. Le ministère de l’Enseignement supérieur n’a pas livré les données de la phase complémentaire, close officiellement en septembre. Pendant ce temps, des universités aux finances fragiles ferment des formations, alors que le nombre de bacheliers grimpe. Une partie des recalés se rabat sur des établissements privés qui échappent à la plateforme.

Le débat dépasse les salles de classe. Un rapport parlementaire de février conclut que le processus actuel alimente la persistance des inégalités socioculturelles. Parmi les pistes avancées, effacer l’établissement d’origine du dossier, rendre publics les algorithmes locaux des formations, ou préciser à quel moment les critères de sélection annoncés entrent vraiment en jeu. Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, se dit prêt à poursuivre le travail sur la lisibilité et la transparence de Parcoursup, avec des propositions attendues d’ici fin octobre.

Sur le fond, deux visions s’affrontent. Plusieurs organisations étudiantes réclament la fin de la sélection et la création de 250 000 places dans le public, avec une plateforme qui recenserait les formations sans imposer d’affectation. Bruno Andreotti, enseignant-chercheur membre de Stand-Up for Science et coauteur d’un rapport remis aux parlementaires en octobre, chiffre le besoin entre 120 000 et 250 000 places, en particulier pour les filières destinées aux bac pro. Face à cela, le gouvernement défend un système qui fonctionne. Sa porte-parole Maud Bregeon y voit un totem brandi par le monde politique en pleine mobilisation lycéenne. Jean-Michel Blanquer, l’ancien ministre de l’Éducation à l’origine de la réforme, évoque un très grand progrès face au tirage au sort d’autrefois.

Le sujet s’invite déjà dans la campagne. Les Insoumis, comme l’ensemble de la gauche, promettent d’abroger Parcoursup, et Jean-Luc Mélenchon en fait un marqueur de la présidentielle, rappelant que les artisans du dispositif, Gabriel Attal et Édouard Philippe, sont tous deux candidats. M. Attal, lui, préfère faire évoluer l’outil, en réduisant la pression du contrôle continu au profit de davantage d’épreuves terminales pour bâtir les dossiers.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus