Société
Trois mille remplaçants débarquent dans les lycées les plus tendus
Face à une mobilisation lycéenne qui dure et à des débordements de plus en plus violents, l’exécutif promet des renforts d’enseignants et des heures…


Face à une mobilisation lycéenne qui dure et à des débordements de plus en plus violents, l’exécutif promet des renforts d’enseignants et des heures supplémentaires dans les jours qui viennent. Le mouvement, lui, annonce déjà une nouvelle journée d’action.
Trois mille professeurs remplaçants sans affectation vont être dirigés dans les tout prochains jours vers les lycées où la situation est la plus critique. Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a chiffré l’opération à 114 établissements classés « rouges » et 400 autres « orange », soit plus de 500 lycées au total. À cette enveloppe s’ajoutent plusieurs centaines de milliers d’heures supplémentaires mises à la disposition des proviseurs, pour des remplacements de courte durée reposant sur le volontariat. La facture se comptera en dizaines de millions d’euros sur l’année.
L’exécutif ne s’en tient pas aux moyens humains. Une plateforme de concertation ouverte depuis le début de la semaine permet aux lycéens de déposer leurs demandes comme leurs inquiétudes, et leurs contributions pourront alimenter le budget en préparation. Le gouvernement a par ailleurs annoncé sur les réseaux sociaux qu’il porterait des amendements au projet de loi de finances pour 2027 afin de traduire certaines de ces propositions en mesures concrètes, à commencer par la question des remplacements. Les trois principales associations lycéennes ont été reçues par Édouard Geffray, en compagnie du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Philippe Baptiste. Elles en sont ressorties sans grande conviction.
Sur le terrain, la mobilisation a rassemblé 71 500 personnes en France, dont 24 500 à Paris, selon le ministère de l’Intérieur. Les défilés ont toutefois été moins fournis que lors du rendez-vous précédent, où l’on avait compté de 266 000 à 450 000 participants. À Lille, Rennes et Bordeaux, les préfectures ont recensé 3 200, 3 400 et 2 800 manifestants. À Marseille, environ 3 900 personnes ont marché, auxquelles se sont ajoutées quelques centaines de participants à des rassemblements non déclarés.
Place de la Bastille, à Paris, le rassemblement a été évacué en fin de journée dans un nuage de gaz lacrymogène. On a entendu des slogans du type « Plus de masters, moins de poulets » ou « 35°C dans les classes, mais le problème c’est le portable », et une large banderole « GenZ en colère » a été hissée au sommet de la colonne de Juillet. En fin de cortège, les échanges se sont durcis, pavés et mortiers d’un côté, canon à eau de l’autre. La préfecture de police a décrit un groupe d’une vingtaine de « black blocs » lançant du mobilier urbain sur les forces de l’ordre. Jean-Luc Mélenchon a salué sur les réseaux sociaux une « démonstration puissante de la jeunesse », estimant que « la Bastille est reprise ». Au total, 504 interpellations et 48 policiers et gendarmes blessés ont été recensés. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a réuni les préfets de zone, les patrons de la police et de la gendarmerie ainsi que le préfet de police pour dresser un état des lieux sur l’ensemble du territoire, après avoir condamné ces violences.
Les établissements scolaires eux-mêmes ont été touchés. Le proviseur adjoint du lycée Victor Hugo a été roué de coups alors qu’il tentait d’éteindre avec un extincteur l’incendie d’une benne à ordures devant son lycée. Il a porté plainte et souffre d’une incapacité temporaire de travail de neuf jours. Un lycée proche de Bordeaux a été partiellement saccagé, et des intrusions violentes ont été signalées à Lormont, en Gironde, ainsi qu’à Lorient.
Le mouvement ne faiblit pas dans ses revendications. L’intersyndicale étudiante et professionnelle a appelé à une nouvelle journée de mobilisation mardi prochain. « Tant qu’on n’aura pas 10 milliards sur la table, on continuera à se mobiliser », prévient Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union Étudiante. Depuis le lancement de la contestation, les lycéens réclament de meilleures conditions d’apprentissage, une rénovation des bâtiments et la suppression de la sélection via Parcoursup. Pour le gouvernement, la priorité affichée reste le retour à l’ordre, au calme et au dialogue, et donc, à terme, le retour des élèves en cours.
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