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Négrophobie, ce racisme que la France a du mal à nommer

Des préjugés hérités de la colonisation continuent de circuler dans les hôpitaux, au point de changer la prise en charge des patients noirs. À l’Assemblée…

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Négrophobie, ce racisme que la France a du mal à nommer

Des préjugés hérités de la colonisation continuent de circuler dans les hôpitaux, au point de changer la prise en charge des patients noirs. À l’Assemblée nationale, un cycle de colloques veut sortir ce racisme de l’angle mort.

Un cycle de rencontres ouvert depuis le 30 septembre se penche sur la « négrophobie ». À l’origine de cette initiative, le député de Guyane Davy Rimane, président de la délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale. Il parle d’un « angle mort » du débat public et regrette que « certains n’assument pas l’histoire de la France à ce niveau-là ». Le dernier rendez-vous de ce cycle est prévu le 18 novembre.

Devant les parlementaires, Delphine Peiretti-Courtis a déroulé le fil d’une histoire longue. Cette professeure d’histoire à l’université d’Aix-Marseille, autrice de « Corps noirs et médecins blancs », raconte comment de simples « suggestions de médecins » se sont transformées en « savoirs » à force d’être répétées. Les rapports de mission coloniale évoquent des anesthésiants refusés aux patients noirs, au motif qu’ils supporteraient mieux la douleur. La formule d’une peau « plus épaisse et donc plus résistante » a la vie dure.

Ces vieux réflexes ont des conséquences bien réelles. Une étude du CHU de Montpellier menée en 2024 auprès de 1.563 soignants urgentistes a montré qu’à symptômes identiques, un patient fictif homme et blanc était classé en urgence vitale dans 63% des cas, contre 42% pour une femme noire. L’écart se joue sur des détails qui ne devraient pas en être.

Du côté de la formation, les choses bougent lentement. Camilla Bailly, en cinquième année de médecine, pointe un chapitre de son manuel de dermatologie consacré aux peaux noires, absent des examens nationaux. Ce même ouvrage reconnaît pourtant que repérer une rougeur sur une peau noire est plus difficile, ce qui peut retarder un diagnostic. « Un bon médecin doit pouvoir au moins reconnaître un eczéma sur une peau noire », insiste-t-elle. La psychiatre Fatma Bouvet de la Maisonneuve réclame de son côté une formation qui aide les futurs praticiens à repérer leurs propres biais.

Le mot lui-même dérange. Théorisé dès 1952 par le Martiniquais Frantz Fanon, « négrophobie » « fait peur puisqu’il renvoie à une histoire qui elle-même fait peur », analyse la psychologue Ada Pouye, enseignante-chercheuse à l’université Sorbonne Paris Nord, qui rappelle aussi la charge contenue dans le terme « nègre ».

Rarement nommé, ce racisme est tout aussi rarement mesuré. Sur les 9.525 crimes et délits racistes enregistrés entre juillet 2024 et juin 2025, rien ne dit combien visaient des personnes noires. Cette imprécision embarrasse la Commission nationale consultative des droits de l’Homme, qui note dans son rapport 2025 de 380 pages que le mot « négrophobie » n’y apparaît qu’une fois, entre parenthèses.

Pour Delphine Peiretti-Courtis, la spécificité française plonge ses racines dans le Code noir de 1685, qui rangeait les personnes noires parmi « les biens meubles, les marchandises ». Un texte fondateur, selon le député de Guyane Jean-Victor Castor, qui estimait que « c’est à partir de là que tout bascule ». Plusieurs voix ont aussi évoqué un universalisme républicain accusé d’effacer les différences. L’adjoint au maire de Paris chargé de l’Outre-mer, Laurent Sorel, dénonce « une certaine forme d’universalisme républicain qui invisibilise ». Pour Ada Pouye, l’histoire de l’esclavage contredit cet « idéal républicain, universaliste, égalitaire ».

Delphine Peiretti-Courtis le résume d’une phrase. « La race n’existe pas, mais les effets produits eux existent ». Tous ne partagent pas l’idée d’inscrire ce mot dans la loi. Gwénaële Calvès, professeure de droit public à CY Cergy Paris Université, juge que cela n’apporterait « rien », le droit français saisissant le racisme « en général » sans viser une forme particulière.

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