Société
Nutri-Score: inquiétudes quant à l’avenir de l’étiquetage de qualité nutritionnelle

Alors que le Nutri-Score s’impose comme un outil clé pour guider les consommateurs vers une alimentation plus saine, son avenir est compromis par des blocages politiques et des pressions industrielles. Une situation qui inquiète les défenseurs de la santé publique
Conçu par des experts en nutrition, le Nutri-Score classe les produits alimentaires de A à E en fonction de leur qualité nutritionnelle. Mis en place en France en 2017 sur la base du volontariat, il a rapidement gagné en popularité, tant auprès des consommateurs que des distributeurs. Plusieurs pays européens l’ont également adopté, reconnaissant son utilité pour orienter les choix alimentaires.
Pourtant, son évolution est aujourd’hui en suspens. Une nouvelle version du Nutri-Score, intégrant des critères plus stricts pour les produits transformés, nécessite un arrêté gouvernemental pour entrer en vigueur. Or, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a récemment annoncé qu’elle bloquait cette signature, suscitant l’inquiétude des associations de consommateurs et des spécialistes de la nutrition.
La ministre, originaire du Doubs, région réputée pour ses fromages et charcuteries, reproche au Nutri-Score de pénaliser les produits traditionnels. Selon elle, l’étiquetage donnerait une mauvaise image des « magnifiques salaisons françaises » et autres spécialités locales. Pourtant, comme le rappelle Serge Hercberg, professeur de nutrition et concepteur du Nutri-Score, cet outil ne vise pas à diaboliser certains aliments, mais à informer sur leur consommation modérée.
Pour Foodwatch, association de défense des consommateurs, le blocage de l’arrêté est « irresponsable ». Audrey Morice, chargée de campagne chez Foodwatch, dénonce une ministre qui « se fait la porte-voix des lobbies laitiers » au détriment de la santé publique. Avec France Assos Santé et le Réseau Action Climat, l’association a adressé une lettre ouverte au Premier ministre, François Bayrou, pour exiger la mise en œuvre de cette réforme.
Les maladies liées à une mauvaise alimentation, comme l’obésité, le diabète ou les maladies cardiovasculaires, représentent un coût humain et économique considérable. Selon une étude de la Drees, le Nutri-Score, associé à d’autres mesures comme la taxation des boissons sucrées, est l’une des politiques publiques les plus efficaces pour lutter contre ces fléaux.
Face à ces enjeux, le blocage du Nutri-Score apparaît comme un recul. Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, a d’ailleurs déploré sur X (ex-Twitter) que la ministre « ne semble pas mesurer l’ampleur de l’épidémie mondiale d’obésité ».
Alors que la Commission européenne travaille sur un système d’étiquetage harmonisé, le Nutri-Score fait face à une opposition croissante, notamment de la part de l’Italie et de certains industriels. Dans ce contexte, la France, pionnière en la matière, pourrait perdre son leadership si elle ne parvient pas à surmonter ses divisions internes. En attendant, les consommateurs restent dans l’expectative, privés d’un outil qui pourrait les aider à faire des choix éclairés pour leur santé.

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