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Naître dans l’exil, grandir dans l’incertitude

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Alors que les hostilités se poursuivent au sud du Liban, des milliers de familles déplacées affrontent une réalité brutale. Pour les femmes enceintes et les jeunes mères, donner la vie et élever un nouveau-né relève d’un défi quotidien, au cœur de centres d’accueil surpeuplés.

Dans un centre de la banlieue de Beyrouth, Mariam Zein berce son fils âgé de onze semaines. Le matelas posé à même le sol dans un couloir d’école sert de refuge à la jeune femme de vingt-six ans et à sa famille, contrainte de fuir son foyer du sud du pays. Elle évoque avec émotion les derniers mois de sa grossesse, emplis d’une joie aujourd’hui éclipsée par l’amertume. Elle n’avait pas imaginé que les premières semaines de son premier enfant se dérouleraient dans de telles conditions, loin de la maison où elle rêvait de le voir grandir. L’allaitement a dû être interrompu faute d’intimité, et se procurer du lait infantile s’avère difficile. Malgré tout, son unique préoccupation demeure la sécurité de son enfant, serré contre elle.

La situation de Mariam Zein est loin d’être isolée. Selon les estimations des Nations unies, près de six cent vingt mille femmes sont actuellement déplacées à l’intérieur du Liban. Parmi elles, plus de treize mille cinq cents attendent un enfant, et environ mille cinq cents devraient accoucher dans le mois à venir. Pour répondre à des besoins médicaux critiques, une clinique mobile sillonne les centres d’accueil. Theresia Nassar, gynécologue-obstétricienne, y examine les femmes enceintes à l’aide d’un échographe portable, dans l’espoir de prévenir toute complication.

Ghada Issa, trente-six ans, en est à son troisième enfant. Installée avec son mari et leurs deux jeunes enfants dans une tente au sein d’une école beyrouthine hébergeant plus de deux mille six cents personnes, elle approche du terme de sa grossesse. L’environnement, qu’elle juge inadapté, rend les gestes les plus simples épuisants. Les sanitaires collectifs, souvent éloignés et bondés, représentent une épreuve supplémentaire. Un lit sommaire a été assemblé pour elle au-dessus de quelques affaires pour bébé, des dons d’organisations caritatives. « Je n’arrive pas à me faire à l’idée d’avoir un bébé ici », confie-t-elle, résumant le sentiment d’improvisation et de précarité qui règne.

Plus au sud, à Saïda, Ghada Fadel veille sur ses jumeaux nouveau-nés, Mohammed et Mehdi, dans une salle de cours réquisitionnée. Elle a quitté son village frontalier durant son huitième mois de grossesse. Peu après leur départ, leur maison a été détruite, anéantissant avec elle tout le matériel préparé pour l’arrivée des bébés. Le rêve d’un retour rapide au foyer après l’accouchement s’est envolé, laissant place à une profonde tristesse et à un avenir incertain. Ces récits individuels, multipliés par des milliers, dessinent les contours d’une crise humanitaire où les premiers instants de la vie se confondent avec l’urgence et le déracinement.

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