Monde
L’ombre de l’exilée plane sur les urnes bangladaises
Dans le fief historique de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina, l’interdiction de son parti plonge l’électorat dans le désarroi à l’approche du scrutin législatif.
À Gopalganj, bastion traditionnel de la Ligue Awami, l’atmosphère politique est empreinte de confusion et de désorientation. Les partisans de Sheikh Hasina, désormais en exil et dont la formation a été dissoute, se retrouvent privés de repères à quelques semaines des élections. La question du vote, ou de son rejet, agite les conversations dans les échoppes et sur les places publiques de cette localité située non loin de Dacca.
Un sentiment d’injustice prévaut parmi les fidèles de l’ancienne dirigeante. Beaucoup estiment être collectivement punis pour des décisions qui ne sont pas les leurs, exprimant un attachement persistant à la figure de Sheikh Hasina et à l’héritage de son père, fondateur de la nation. Cette loyauté se heurte à une réalité politique transformée, marquée par l’arrivée au pouvoir d’une administration issue du mouvement de protestation qui a conduit à la chute du gouvernement précédent.
La vie politique locale reste tendue, avec des épisodes violents ayant émaillé les derniers mois. Cette instabilité a conduit certains citoyens, notamment parmi les jeunes, à se détourner complètement de l’engagement partisan, par lassitude ou par prudence. Les observateurs anticipent ainsi un taux de participation incertain, une partie de l’électorat pouvant choisir de s’abstenir faute de candidat incarnant ses convictions.
Dans ce paysage recomposé, les formations adverses, notamment le Parti nationaliste du Bangladesh et le Jamaat-e-Islami, tentent de conquérir un terrain laissé vacant. Leurs candidats multiplient les rencontres et les promesses, cherchant à convaincre un électorat traditionnellement acquis à leur rivale disparue. Leurs discours insistent sur le changement et la réconciliation, tout en assurant vouloir distinguer les responsabilités individuelles des soutiens populaires.
Pourtant, cette offensive ne semble pas emporter l’adhésion de tous. L’hésitation demeure palpable. Certains électeurs affirment leur intention de se rendre aux urnes sans préciser leur choix, d’autres rejettent catégoriquement l’idée de voter pour un autre nom que celui de l’ancienne dirigeante. Le scrutin de février s’annonce donc moins comme une compétition classique que comme un test de l’influence résiduelle d’une figure politique absente, dont l’ombre continue de structurer les loyalismes et les abstentions.
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