Monde
L’ombre de l’état d’exception s’abat sur les familles de détenus au Salvador

Alors que le régime d’exception est prolongé pour la dix-neuvième fois, des milliers de familles salvadoriennes vivent dans l’incertitude quant au sort de proches incarcérés sans procès depuis plus de trois ans.
Les détenus arrêtés dans le cadre de la politique de lutte contre les gangs se voient désormais confrontés à une prolongation de leur détention provisoire, après un vote du Parlement salvadorien mi-août. Cette mesure, justifiée par le gouvernement comme nécessaire pour maintenir la sécurité publique, suscite de vives inquiétudes parmi les organisations de défense des droits humains.
Des cas emblématiques illustrent les conséquences humaines de cette situation. Ana Mercedes Garcia n’a reçu que des informations parcimonieuses concernant son fils, incarcéré depuis mai 2022 malgré l’absence de charges retenues contre lui. Les autorités judiciaires auraient même ordonné sa libération à deux reprises, sans que celle-ci ne soit exécutée. Pour sa part, Juana Fuentes n’a eu des nouvelles de son fils qu’après plus de trois années de silence, en le découvrant dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.
La stratégie judiciaire prévoit désormais l’organisation de procès collectifs regroupant jusqu’à mille deux cents prévenus simultanément. Une approche qui, selon certains juristes, risque de compromettre le droit à une défense individuelle et le principe de la présomption d’innocence. Des voix s’élèvent pour réclamer un examen au cas par cas, afin de distinguer les responsables des innocents.
Si le taux d’homicides a significativement diminué depuis le début de l’état d’exception, le prix humain et juridique de cette politique interroge. Des milliers de personnes demeurent privées de liberté sans jugement, dans l’attente d’une procédure dont les modalités restent floues. Pour leurs proches, l’angoisse se mêle à l’impuissance, dans un climat où l’urgence sécuritaire prime sur les garanties processuelles.

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