Monde
Livreurs étrangers en Roumanie, une cible de plus en plus exposée


Des travailleurs immigrés subissent des agressions physiques et verbales dans les rues de Bucarest, dans un contexte de montée des discours xénophobes.
Un climat d’insécurité grandissant pousse désormais de nombreux livreurs étrangers à modifier leurs habitudes de travail. Plusieurs d’entre eux ont renoncé à effectuer des livraisons nocturnes après qu’un coursier bangladais a été agressé et insulté en pleine rue. L’individu avait été traité « d’envahisseur » et frappé au visage, un épisode qui a profondément marqué la communauté des travailleurs immigrés. Ces incidents surviennent dans un contexte politique tendu, marqué par des appels au boycott des livreurs étrangers lancés par des formations d’extrême droite.
Début novembre, un coursier sri-lankais a à son tour été victime de crachats, de coups et d’injures lors d’un différend routier dans une localité proche de la capitale. Bien qu’une plainte ait été déposée, elle a finalement été retirée. Face à la multiplication de ces actes, le deuxième syndicat du pays a proposé une assistance juridique gratuite aux victimes de harcèlement ou d’abus, soulignant le caractère répétitif et inquiétant de ces agressions.
Certains livreurs, pour se prémunir contre les hostilités, n’hésitent plus à indiquer sur leur équipement qu’ils sont roumains. Le président du pays a publiquement condamné les violences xénophobes, rappelant que les propos haineux peuvent avoir des conséquences graves. Des affiches anonymes, apparues en octobre dans le centre de Bucarest, appelaient les habitants à « défendre leur ville » en évoquant l’arrestation d’un ressortissant nigérian. Ces supports ont été retirés par les autorités, qui reconnaissent toutefois ne pas disposer de données exhaustives sur l’évolution de ces attaques.
Le Conseil de l’Europe a récemment pointé du doigt la banalisation des discours de haine dans l’espace public et médiatique roumain. Parallèlement, le nombre de travailleurs non européens a progressé pour répondre aux besoins de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs économiques. Bien que leur part reste modeste au regard de la population active totale, leur présence visible suscite des réactions hostiles, souvent alimentées par des affirmations infondées selon lesquelles ils « voleraient » les emplois locaux.
La société roumaine, fortement polarisée, voit aujourd’hui des formations politiques opposées à l’immigration légale occuper un tiers des sièges au parlement. Si les agressions restent pour l’heure isolées, beaucoup redoutent qu’elles ne s’inscrivent dans une dynamique plus large, susceptible de dégrader encore le vivre-ensemble.





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