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L’exode silencieux des Bengalis chassés d’Inde

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Dans le nord-est de l’Inde, des centaines de ressortissants bangladais fuient le Bengale occidental après la victoire électorale du parti nationaliste hindou. Un mouvement de retour forcé s’amorce à la frontière, mêlant peur et incertitude.

Plus de deux cents personnes se sont rassemblées ces derniers jours devant le poste frontalier de Hakimpur, à une centaine de kilomètres de Calcutta. Ces migrants, venus du Bangladesh voisin, tentent de regagner leur pays d’origine pour échapper aux mesures d’expulsion annoncées par les nouvelles autorités régionales. Hasina Bibi, une mère de famille de 45 ans, serre sa fille contre elle en expliquant avoir reçu l’ordre de quitter le territoire indien sous peine de représailles plus sévères. Arrivée en Inde avec l’espoir de trouver un emploi, elle confie aujourd’hui vouloir rentrer au Bangladesh sans savoir ce qui l’attend de l’autre côté de la frontière.

Le Bharatiya Janata Party, formation du Premier ministre Narendra Modi au pouvoir à New Delhi depuis 2014, a remporté les élections au Parlement du Bengale occidental au début du mois de mai. La campagne électorale du parti s’était appuyée sur la promesse d’identifier et d’expulser les migrants clandestins. Dans cet État de cent millions d’habitants, dont près d’un tiers de musulmans, la nouvelle majorité a rapidement ordonné l’ouverture de centres de détention pour les étrangers en situation irrégulière, semant la panique parmi la communauté bangladaise.

Akhtarul Sekh, un couturier de 29 ans installé en Inde depuis plus de six ans, a rallié la frontière avec sa femme et ses deux filles pour éviter la prison. Il déclare ne pas posséder de papiers et savoir qu’il ne pourra pas rester. Shamim Mondal, 26 ans, affirme que les autorités les considèrent comme des infiltrés et ne veulent plus d’eux. Selon un responsable de la police locale, les migrants affluent depuis plusieurs jours après avoir appris qu’il était possible de repasser la frontière à Hakimpur. Leur sort est déjà scellé, regroupés dans un camp de fortune avant d’être remis à la police des frontières indienne pour une expulsion formelle.

Depuis la partition du Bengale en 1947, les mouvements de population entre les deux pays n’ont jamais cessé, rythmés par les aléas politiques et diplomatiques. Avant même la victoire électorale du BJP au Bengale occidental, des milliers de personnes, majoritairement musulmanes et jugées en situation irrégulière, avaient déjà été expulsées vers le Bangladesh depuis l’État voisin d’Assam. Des organisations non gouvernementales ont dénoncé un profilage ethnique systématique.

Abdul Sheikh, 20 ans, est né à Calcutta de parents bangladais arrivés en Inde il y a plus de vingt ans. Il n’a jamais obtenu les documents prouvant sa nationalité indienne et ignore comment établir qu’il est légalement citoyen du Bangladesh. L’an dernier, le Bangladesh avait confirmé avoir renvoyé certains expulsés en affirmant qu’ils étaient citoyens indiens. Ariful Sardar, un maçon de 29 ans entré illégalement en Inde en 2023 pour financer les soins de son père malade, résume la situation avec amertume en déclarant obéir à l’ordre du gouvernement indien de rentrer. Un responsable des gardes-frontière, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, confie que certains migrants parviennent à échapper aux forces de sécurité en traversant de nuit la rivière qui sépare les deux pays, un passage de plus en plus difficile à surveiller.

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