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Société

Les gardiens de la mesure : au cœur du laboratoire qui traque les polluants éternels

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Dans un imposant bâtiment parisien, des scientifiques s’emploient à garantir la précision des analyses de substances toxiques comme les PFAS ou le cadmium, un enjeu sanitaire de premier plan.

Au sein d’un édifice néoclassique du XVe arrondissement de Paris, des chercheurs du Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE) s’attachent à une mission discrète mais cruciale. Ils ne réalisent pas d’analyses courantes, mais élaborent des matériaux de référence certifiés qui servent d’étalons pour l’ensemble des laboratoires français, qu’ils soient hospitaliers, sanitaires ou de recherche. L’ingénieure Véronique Le Diouron, par exemple, manipule une fiole de PFOA, un polluant chimique persistant, et peut en déceler une trace infime dans une piscine olympique. Cette quête de précision répond à des besoins très concrets, alors que les inquiétudes sanitaires liées au cadmium, aux microplastiques ou aux PFAS se multiplient.

La rigueur métrologique ne relève pas d’un simple goût pour l’exactitude scientifique. Comme le rappelle Thomas Grenon, directeur général du LNE, l’objectif est de garantir que les mesures soient comparables dans le temps et dans l’espace, à l’image du kilo qui doit avoir la même valeur à Paris et à New York. Ce principe prend tout son sens dans le domaine de la santé publique. Si une quantité élevée de PFAS est détectée dans l’eau du robinet, les autorités doivent pouvoir s’appuyer sur des données fiables pour agir. De même, la quantification du cadmium dans le sang ou l’urine doit être identique quel que soit le laboratoire d’analyse, une exigence d’autant plus importante que le dépistage de ce métal toxique, auquel la population française est largement exposée, sera bientôt remboursé pour certaines personnes.

Les équipes du LNE travaillent sur une grande variété de matrices, du sang humain au chocolat, en passant par le poisson ou la viande. La méthode de référence employée, dite de la dilution isotopique, consiste à ajouter à l’échantillon une quantité précise du même polluant, dont un ou plusieurs atomes ont été légèrement modifiés. Ce marqueur se comporte exactement comme la substance naturelle tout au long de l’analyse, permettant un calcul très précis de la concentration initiale. Cette approche robuste et fiable répond à des exigences réglementaires toujours plus strictes. Véronique Le Diouron doit ainsi être capable de détecter 375 microgrammes de PFOA dans une piscine olympique, une quantité invisible à l’œil nu. Une prouesse technique qui illustre l’engagement du LNE à fournir des mesures justes et exactes, au service de la protection sanitaire et environnementale.

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