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Le défi du démantèlement nucléaire à Fessenheim se concrétise

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La centrale alsacienne, définitivement mise à l’arrêt en 2020, s’apprête à entamer un vaste chantier de déconstruction sur vingt-deux ans, pour un coût estimé à 1,4 milliard d’euros.

L’ancienne centrale nucléaire de Fessenheim, située dans le Haut-Rhin, entre dans une phase décisive de son existence. Après avoir cessé toute production électrique il y a quatre ans, le site se prépare à un chantier de démantèlement d’envergure, dont le coup d’envoi officiel a été donné par un décret gouvernemental au début du mois de mai. Cette autorisation administrative constitue une étape majeure, même si l’approbation définitive de l’autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection est attendue courant juin.

Construite au début des années 1970 et mise en service en 1977, la centrale a fonctionné pendant plus de quatre décennies, fournissant l’équivalent de trente années de consommation électrique pour l’ensemble de la région Alsace. Les deux réacteurs ont été arrêtés en 2020, et depuis, les équipes d’EDF ont préparé le terrain en évacuant la totalité du combustible nucléaire usé vers l’usine de retraitement de La Hague. Cette opération a permis de retirer plus de 99 % de la radioactivité présente sur le site, selon la direction. Des travaux de nettoyage et de purification des circuits ont également été menés.

Par ailleurs, certains équipements ont été démontés pour être réutilisés ailleurs, représentant une valeur de 30 millions d’euros. Des turbines de Fessenheim produisent désormais de l’électricité dans d’autres centrales françaises, comme celles de Dampierre ou de Gravelines. Le chantier de déconstruction proprement dit doit générer environ 405 000 tonnes de matériaux. La grande majorité, soit 95 %, n’est pas radioactive. Les 5 % restants, soigneusement triés selon leur type et leur niveau de radioactivité, seront temporairement stockés dans l’ancienne salle des machines avant d’être expédiés vers les sites de stockage de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, dans l’Aube.

L’un des premiers chantiers d’ampleur concerne l’évacuation des générateurs de vapeur, trois cylindres de vingt mètres de haut. Leur découpage puis leur retrait nécessitent une précision extrême, les équipes travaillant avec une marge de manœuvre de quelques centimètres seulement. Quatre années d’études et de simulations ont été nécessaires pour préparer cette opération délicate. Une grue spécialement conçue pour s’adapter aux dimensions du bâtiment est déjà en place.

Pour les parties les plus sensibles du réacteur, notamment la cuve qui constitue le cœur de l’installation, des robots et des machines téléopérées seront utilisés afin de limiter l’exposition des travailleurs à la radioactivité. Dans la piscine de stockage du bâtiment combustible, des alvéoles de quatre mètres de haut, qui accueillaient l’uranium irradié avant son retraitement, doivent également être retirées.

Le chantier de Fessenheim, prévu jusqu’en 2048, représente une première pour le parc nucléaire moderne français, à l’exception du prototype de Chooz A, dans les Ardennes, dont le démantèlement est toujours en cours. EDF entend tirer les enseignements de cette expérience pour optimiser ses méthodes et viser, à l’avenir, une réduction de la durée des opérations à quinze ans et un coût ramené à 500 millions d’euros par réacteur. L’objectif est également de se positionner sur les marchés internationaux du démantèlement nucléaire.

Parallèlement, un projet de technocentre est envisagé à proximité du site de Fessenheim. Cette usine de recyclage de métaux très faiblement radioactifs, issus du démantèlement d’installations nucléaires, suscite néanmoins des tensions et des inquiétudes parmi les riverains et les élus locaux.

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