Planète
La menace d’El Niño plane sur les récifs coralliens déjà éprouvés
Les scientifiques redoutent qu’un puissant épisode d’El Niño en 2026 ne provoque une nouvelle vague de blanchissement massif des coraux à l’échelle mondiale.
Le phénomène climatique El Niño, qui se manifeste habituellement tous les deux à sept ans, suscite de vives inquiétudes parmi les chercheurs. Son dernier cycle remonte à 2023-2024, et les prévisionnistes anticipent désormais un retour particulièrement intense pour l’année prochaine. Ce cycle naturel, qui prend naissance dans l’océan Pacifique, perturbe les températures, les vents et les précipitations à travers le globe, provoquant sécheresses ou pluies diluviennes selon les régions.
Pour les récifs coralliens, cette perspective est alarmante. El Niño entraîne en effet une hausse de la température de l’eau de mer et une diminution de la couverture nuageuse, deux facteurs qui fragilisent davantage ces écosystèmes déjà mis à rude épreuve. Clint Oakley, spécialiste des invertébrés marins à l’Université Victoria de Wellington, rappelle que chaque épisode mondial de blanchissement des coraux a coïncidé avec une année marquée par El Niño. Il confie redouter, sans en être surpris, un phénomène qu’il juge potentiellement grave et dévastateur pour de nombreux récifs.
La survie des coraux repose sur une symbiose avec des algues qui vivent à l’intérieur de leur structure calcaire. Ces micro-organismes leur fournissent des nutriments grâce à la photosynthèse et leur confèrent leurs teintes vives. Lorsque la température de l’eau devient excessive, ce fragile équilibre se rompt : les algues quittent le corail ou en sont expulsées. Privé de sa source de nourriture, l’animal blanchit et se retrouve en situation de vulnérabilité. Si l’eau se refroidit rapidement, il peut survivre sur ses réserves jusqu’au retour des algues. En revanche, une chaleur prolongée ou trop intense le conduit à la mort par manque de nutriments, comme l’explique Jen Matthews, chercheuse à l’Université de technologie de Sydney.
Le blanchissement localisé et périodique fait partie du cycle naturel des récifs. Mais le phénomène devient problématique lorsqu’il se répète et prend une ampleur massive, ce qui est désormais la norme en raison du réchauffement climatique. Lorsque les coraux blanchissent avant d’avoir eu le temps de récupérer et de se reproduire, leur situation ne peut que se dégrader. Le dernier épisode de blanchissement massif a été déclaré en 2024. Dans les Caraïbes, certaines espèces de coraux sont aujourd’hui en état d’extinction fonctionnelle. Sur la Grande Barrière de corail, au large de l’Australie, la couverture corallienne a chuté de 15 à 40 % sur plusieurs sites entre 2024 et 2025.
Un El Niño puissant aggraverait encore la situation en faisant grimper les températures marines, déjà souvent trop élevées pour les coraux. Clint Oakley souligne que la température moyenne des océans ces dernières années est comparable à celle enregistrée lors du pic de blanchissement mondial de 1998. Certaines variétés de coraux montrent une résistance à la chaleur, mais elles ne peuvent pas remplacer toutes les espèces disparues après les épisodes de blanchissement.
Les scientifiques explorent diverses stratégies pour protéger les récifs, allant de l’application de gels nutritifs à des techniques d’ombrage ou de modification génétique. Jen Matthews reconnaît l’importance de ces approches innovantes, mais précise qu’elles ne font que repousser l’échéance. Le retour d’El Niño reste probable, mais son intensité et sa durée demeurent incertaines, comme le note Kimberley Reid, spécialiste de l’atmosphère à l’Université de Melbourne. Elle rappelle que ce phénomène n’est qu’un élément parmi d’autres, les températures locales de l’océan et les vents dans l’océan Indien jouant également un rôle déterminant.
Même sans El Niño, les perspectives à long terme sont préoccupantes. Jusqu’à la moitié des coraux de la planète ont disparu ces dernières décennies, réduisant des écosystèmes essentiels qui servent de refuge et de nurserie à de nombreuses espèces marines et protègent les côtes des tempêtes. Jen Matthews conclut avec gravité que sans une action résolue face au changement climatique, tous les efforts déployés ne feront que gagner du temps avant la disparition des récifs tels que nous les connaissons.
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