Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

La peur des exilés nicaraguayens au Costa Rica face à une répression qui ignore les frontières

Article

le

Au Costa Rica, des centaines d’exilés nicaraguayens vivent dans la terreur d’être pris pour cible par le régime de Daniel Ortega, qui étend sa répression au-delà des frontières.

Gabriel Putoy ne sort jamais seul, pas même pour jeter les ordures, et il évite soigneusement d’emprunter deux fois le même chemin. Comme lui, de nombreux Nicaraguayens contraints à l’exil au Costa Rica redoutent d’être rattrapés par le gouvernement de Daniel Ortega et de Rosario Murillo. Cet enseignant de 49 ans, installé dans un modeste logement partagé avec six autres expatriés, confie vivre dans une angoisse permanente. « Ils nous surveillent. Nous ne nous sentons pas en sécurité. Cette peur est terrible », murmure-t-il, assis dans une pièce où se mêlent salon, cuisine et chambre, dominée par une statue de la Vierge.

Selon un rapport d’experts des Nations unies sur les droits de l’homme, le Nicaragua dispose d’un vaste réseau de surveillance et d’intimidation visant les opposants en exil, impliquant l’armée, la police, des agents de l’immigration et des diplomates. « Ils cherchent à réduire au silence les centaines de milliers de Nicaraguayens qui ont fui », explique l’un de ces experts, Reed Brody, un avocat américain connu pour son travail de traque des dictateurs. Depuis les manifestations massives de 2018, la répression a conduit à la mort d’environ 300 personnes, à l’emprisonnement de nombreux opposants politiques et à l’exil d’environ 400 militants, intellectuels, religieux et journalistes, déchus de leur nationalité et privés de leurs biens pour « trahison de la patrie ».

Gabriel Putoy a traversé clandestinement la frontière costaricienne en 2019, en tongs, après avoir passé un an en prison pour avoir participé aux manifestations et travaillé dans une institution catholique. La peur des exilés s’est intensifiée après le meurtre de Roberto Samcam, un commandant à la retraite abattu de huit balles devant son domicile à San José en juin 2025. Sa veuve, Claudia Vargas, raconte que ce crime a été précédé de menaces de mort et d’une campagne de diffamation sur les réseaux sociaux. « La dictature l’a fait tuer. Son assassinat montre comment fonctionne le renseignement nicaraguayen », affirme-t-elle.

L’opposant Joao Maldonado, blessé par balle, a survécu à deux attentats en 2021 et 2024. Sa femme se déplace depuis en fauteuil roulant. « La répression ne s’arrête pas une fois la frontière franchie. Je suis convaincu que tout cela est ordonné depuis le Nicaragua », assure son avocat, Marlon Medina. Sans mentionner Managua, la police judiciaire costaricienne a évoqué des « mobiles idéologiques » dans ces affaires, sans fournir plus de détails. Pour Me Medina, il s’agit d’un phénomène inédit dans un pays pourtant réputé pour sa tradition d’asile, et il plaide pour une procédure de plainte simplifiée.

Face à cette menace transnationale, de nombreux exilés ont choisi de quitter le Costa Rica pour des refuges plus éloignés et plus sûrs. Mais d’autres résistent. Dans un studio de télévision improvisé, deux journalistes trentenaires, parmi les 300 exilés présents au Costa Rica depuis 2018, poursuivent leur combat contre la censure en animant leur média en ligne Nicaragua Actual, fondé il y a sept ans. « Nous refusons de renoncer à notre droit d’informer », déclare Yelsin Espinoza, dont 60 % de l’audience se trouve au Nicaragua. « Les dictatures passent, le journalisme reste », renchérit son collègue Gerall Chavez. Claudia Vargas, militante des droits de l’homme, refuse également de se taire. « Je ne vais pas laisser la peur me vaincre. C’est ce que le pouvoir cherche à faire nous réduire au silence », conclut-elle.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus