Économie
Dans les Andes argentines, les premiers signes du boom minier tant espéré par Milei
À 3 500 mètres d’altitude, dans la cordillère des Andes, un vaste projet de mine de cuivre préfigure la transformation économique que le président argentin appelle de ses vœux.
Sur les hauteurs glacées de la province de San Juan, à près de 1 400 kilomètres de Buenos Aires, les engins de chantier s’activent sans relâche. Aldana Ramirez, technicienne minière de 27 ans, supervise les excavatrices qui forent le sol rocheux vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Elle ne voit son fils de sept ans qu’une fois toutes les deux semaines, lorsqu’elle redescend à Villa Calingasta, son village perché à 1 500 mètres. « Ce travail, je l’adore, confie-t-elle. Dès mon premier jour en altitude, j’en suis tombée amoureuse. » Son lieu de travail, Los Azules, est un projet d’exploration minière colossal. Des kilomètres de pistes ont été taillés à flanc de montagne, dans un décor de roches immenses, de glaciers et de neige.
Los Azules figure parmi les projets miniers les plus ambitieux d’Argentine. McEwen Copper, une société canadienne associée à Stellantis et à Rio Tinto via sa filiale Nuton, y investit près de 3 milliards de dollars. L’objectif est de produire, après 2030, quelque 148 000 tonnes de cuivre par an pendant deux décennies. Ce chantier incarne ce que Javier Milei, président ultralibéral arrivé au pouvoir fin 2023, appelle la « révolution minière ». En mars dernier, devant le Parlement, il promettait que l’exploitation minière s’étendrait sur toute la Cordillère et générerait des centaines de milliers d’emplois.
Le moteur de cette ambition est le Régime d’incitation pour les grands investissements, adopté en 2024. Ce dispositif offre des avantages fiscaux, douaniers et de change pendant trente ans aux projets de grande envergure. À ce jour, près de quarante projets ont été présentés, dont seize ont déjà reçu un feu vert, pour un montant total de plus de 20 milliards de dollars d’investissements potentiels. Le secteur minier capte la plus grande part de ces capitaux, devant les hydrocarbures.
En 2025, les exportations minières argentines ont bondi de 27 %, atteignant 6 milliards de dollars. L’or et le lithium, dont le pays est le cinquième producteur mondial, tirent cette croissance. Selon les projections de la banque centrale, ce total pourrait tripler d’ici 2030, voire quintupler en dix ans. Michael Meding, directeur général de Los Azules, estime que le nouveau régime d’investissement a envoyé des signaux très clairs aux investisseurs internationaux.
Pour l’économiste Nicolas Gadano, la matrice exportatrice du pays est en train de se transformer. L’Argentine, longtemps perçue comme le grenier du monde, cherche à combler son manque chronique de dollars grâce aux ressources minières et aux hydrocarbures. La moitié des exportations minières attendues concerne le cuivre, un métal stratégique pour la construction, la transition énergétique et le développement de l’intelligence artificielle. Le pays n’en produit quasiment plus depuis 2018, mais ses réserves sont suffisantes pour le placer parmi les dix premiers producteurs mondiaux, loin toutefois du Chili, voisin et numéro un, que Milei cite en exemple.
À Calingasta, près de la frontière chilienne, les retombées sur l’emploi sont déjà palpables. De nombreux habitants de l’agglomération travaillent directement ou indirectement pour l’industrie minière. Le père et les deux frères d’Aldana en font partie, tout comme sa sœur, présente elle aussi au campement de Los Azules, qui héberge environ deux cents personnes.
Ce boom minier suscite néanmoins des inquiétudes environnementales. Le puits final de Los Azules devrait couvrir l’équivalent de 840 terrains de football et atteindre une profondeur de plus de 300 mètres, soit à peu près la hauteur de la tour Eiffel. Il faudra également déplacer une vega, une oasis d’altitude à la végétation spongieuse qui abrite une petite faune locale et joue un rôle de régulateur hydrique. Les promoteurs promettent une extraction neutre en carbone d’ici 2038 et une utilisation réduite de l’eau, mais l’impact à long terme reste une source de préoccupation. D’autant que le Parlement vient de modifier la loi dite des Glaciers, donnant davantage de souplesse aux provinces pour autoriser des projets miniers.
Dans la vallée, certains habitants expriment leur résignation. « Les gens doivent choisir entre protéger l’eau et manger », explique Alejandro, pompiste à Jachal. Il se souvient de la contamination de trois cours d’eau locaux en 2015, après le déversement d’un million de litres de solution cyanurée par une mine de Barrick Gold. Sans être opposé à l’activité minière, il juge que les contrôles de l’État sont insuffisants.
En haut, à Los Azules, la musique cumbia aide à oublier le vent glacial. Andres Carrizo, opérateur de foreuse de 27 ans, espère surtout que l’aventure se poursuive. « Que tout cela continue, que nous ayons tous du travail, et que nous puissions nous développer », résume-t-il.
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