Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

La Belgique redoute de devenir une nouvelle porte d’entrée vers l’Angleterre pour les migrants

Article

le

Le long du littoral flamand, les autorités belges observent avec une inquiétude croissante l’émergence de départs clandestins vers le Royaume-Uni, un phénomène encore modeste mais qui évoque les campements de Calais.

Des gilets de sauvetage dissimulés dans les dunes, des passeurs guettant la tombée de la nuit pour lancer des embarcations précaires vers l’Angleterre : ce scénario, jusqu’ici cantonné aux côtes françaises, se profile désormais en Belgique. Aucun migrant n’a été intercepté en 2025 en tentant la traversée de la Manche depuis le territoire belge, mais depuis le début de l’année, 425 personnes ont été arrêtées avant même d’atteindre la mer. Selon les policiers, les bourgmestres et les associations interrogés, ce mouvement résulte en grande partie du durcissement des contrôles en France, même si la distance à parcourir est plus longue. À vol d’oiseau, la Belgique se trouve à plus de 80 kilomètres des côtes anglaises, contre une trentaine de kilomètres depuis le nord de la France.

Jean-Marie Dedecker, bourgmestre de Middelkerke, commune touristique bordée par la mer du Nord, constate la mise en place d’un dispositif bien organisé le long de ses plages. « Ils dissimulent leurs affaires, les gilets, le bateau, le moteur dans les dunes. Le matin, dès cinq ou six heures, ils gonflent les canots et les autres arrivent pour embarquer », explique-t-il. Une fois en mer, les embarcations longent la côte pour se rapprocher de la France. Certaines s’arrêtent pour récupérer des migrants dans les eaux françaises, tandis que d’autres filent directement vers l’Angleterre avec une quinzaine ou une vingtaine de personnes à bord, précise Christiaan De Ridder, adjoint d’une zone de police belge frontalière de la France.

Cette évolution inquiète le gouvernement belge, soucieux de ne pas paraître laxiste. « Il doit être clair que la côte flamande n’est pas une alternative attrayante pour effectuer la traversée vers le Royaume-Uni », a affirmé la ministre de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt. Ses services disent travailler intensément pour endiguer le phénomène, notamment en multipliant les placements en détention des exilés, pour la plupart de jeunes hommes originaires du Soudan, d’Afghanistan ou d’Irak. Les patrouilles se sont renforcées, mais les autorités réclament davantage de moyens pour surveiller le littoral.

Les organisations non gouvernementales dénoncent cette approche. « Ces personnes sont perçues comme un danger plutôt que comme des personnes en danger », regrette Joost Depotter, de l’association flamande Vluchtelingenwerk Vlaanderen. Il souligne que les mesures sécuritaires ne réduisent pas les flux mais « professionnalisent les réseaux de passeurs », qui cachent désormais les migrants dans des maisons de vacances le long de la côte en attendant une météo favorable. Le bourgmestre de Middelkerke réclame au contraire un durcissement des règles à l’approche de l’été. « Nous contrôlons les dunes car nous craignons de voir apparaître des jungles comme à Calais, avec des milliers de personnes », alerte-t-il. L’an dernier, plus de 41 000 migrants ont tenté la périlleuse traversée depuis la France.

Jean-Marie Dedecker reconnaît son impuissance face à un système où, selon lui, « 99 % des migrants sont relâchés après qu’on leur ait offert du café et des croissants ». Depuis quelques jours, le temps gris a freiné les tentatives depuis sa commune. « Mais je suis persuadé que pendant le week-end de la Pentecôte, quand il fera beau, ils réessayeront », lance-t-il. « Pourquoi ne le feraient-ils pas ? »

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus