Économie
Les attaques contre la science du climat fragilisent la position des États-Unis, prévient un expert
Le directeur d’un centre de recherche de premier plan à Boulder alerte sur les conséquences du désengagement fédéral dans l’étude de l’atmosphère.
Les mesures prises par l’administration Trump contre la recherche climatique compromettent les intérêts nationaux américains, selon Waleed Abdalati, qui dirige un institut environnemental influent dans le Colorado. Cet ancien scientifique en chef de la Nasa dénonce le démantèlement progressif du Centre national de recherche sur l’atmosphère ainsi que les coupes budgétaires fédérales dans ce domaine.
Le CIRES, le centre qu’il supervise à l’université du Colorado, emploie environ 900 personnes et a subi des perturbations directes. Entre février et mi-avril, les subventions fédérales destinées au laboratoire GML, une référence pour la collecte de données atmosphériques, ont été suspendues. Quarante-deux employés ont failli perdre leur emploi avant que les fonds ne soient finalement débloqués, probablement après une intervention de parlementaires.
M. Abdalati explique que ce gel semble provenir du Bureau du budget de la Maison Blanche, dont le responsable a affirmé devoir aligner les dépenses sur les priorités présidentielles. Or, l’argent avait déjà été affecté par le Congrès. Le chercheur estime que contourner les décisions parlementaires n’est pas une pratique acceptable.
Ces interruptions nuisent gravement à la recherche. Les scientifiques ne peuvent plus poursuivre leurs travaux, recruter des doctorants ou conserver les techniciens nécessaires au fonctionnement des laboratoires. La Fondation nationale pour la science traite aussi les demandes de financement avec lenteur. L’expert rappelle que la compétitivité américaine a toujours reposé sur la force de ses sciences et de ses ingénieries. Mettre ces secteurs en péril équivaut à menacer les intérêts nationaux, alors que d’autres pays comme la Chine augmentent leurs investissements dans la recherche.
Un risque de fuite des cerveaux est également à craindre. Les chercheurs voient un gouvernement qui dévalorise leurs travaux, les qualifiant de supercherie. Même si les fonds ont été votés par le Congrès, les retards accumulés pourraient empêcher leur utilisation avant la fin de l’année budgétaire. Une telle situation pourrait délibérément viser à réduire ces dépenses.
Enfin, des documents internes, révélés lors d’une procédure judiciaire visant à empêcher le démantèlement du NCAR, indiquent que la Maison Blanche envisageait en décembre de séparer la recherche météorologique de celle sur le climat, pour éliminer cette dernière. M. Abdalati souligne qu’une telle distinction n’a pas de sens scientifique. La recherche atmosphérique repose sur la physique, qui ne fait pas de différence entre prévoir le temps qu’il fera demain ou dans vingt ans. Selon lui, acquérir cette connaissance constitue en soi un intérêt national fondamental.
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