Faits Divers
Le Salvador engage un procès historique contre la hiérarchie du MS-13


Pour la première fois, la justice salvadorienne juge collectivement près de cinq cents membres présumés du gang, dont ses fondateurs, pour des dizaines de milliers d’infractions commises sur une décennie.
La justice salvadorienne a ouvert ce lundi une procédure judiciaire d’une ampleur inédite. Près de cinq cents individus, présentés comme des membres de la Mara Salvatrucha (MS-13), comparaissent dans le cadre d’un unique procès. Parmi les accusés figurent des fondateurs et plusieurs cadres supérieurs de cette organisation criminelle. Cette audience constitue la première tentative de traduire simultanément devant les tribunaux l’ensemble de la structure de commandement d’un gang.
Les autorités judiciaires imputent à ces prévenus la responsabilité de quarante-sept mille délits et crimes, survenus entre 2012 et 2022, parmi lesquels près de trente mille homicides. Le parquet général évoque notamment un ordre, attribué au MS-13, ayant conduit à l’assassinat de quatre-vingt-sept personnes lors d’un seul week-end de mars 2022. Les charges retenues incluent également le délit de rébellion, l’accusation soutenant que le gang cherchait à établir un État parallèle en usurpant le contrôle territorial.
Ce procès s’inscrit dans le contexte plus large de la politique de sécurité menée par l’exécutif depuis quatre ans, marquée par un régime d’exception et des vagues d’interpellations massives. Environ quatre-vingt-onze mille personnes sont actuellement détenues dans le pays sous ce cadre. Les audiences collectives se sont multipliées, une approche que le gouvernement justifie par la nécessité de répondre à des décennies de violence gangréneuse. Les gangs, nés aux États-Unis avant de s’implanter au Salvador, ont longtemps exercé une emprise sur une large partie du territoire national, se livrant à des activités d’extorsion, de trafic et d’homicides.
Le ministère public affirme détenir des preuves substantielles pour requérir les peines maximales, potentiellement la réclusion à perpétuité depuis l’entrée en vigueur récente d’une réforme pénale. Les accusés, dont une majorité est détenue dans le centre pénitentiaire de haute sécurité de Tecoluca, participent aux audiences par visioconférence. Des mandats d’arrêt ont été émis contre soixante-treize prévenus toujours en fuite. La procédure, selon des sources judiciaires, pourrait s’étendre sur une période d’environ six mois.
Cette stratégie judiciaire fait cependant l’objet de vives critiques de la part d’organisations de défense des droits humains. Ces dernières dénoncent les risques d’erreurs judiciaires et de condamnations de personnes innocentes, pointant du doigt des réformes législatives récentes qui, selon elles, affaiblissent les garanties procédurales, notamment en supprimant l’examen préalable des preuves. Elles alertent également sur les conditions de détention et signalent des allégations d’exactions en milieu carcéral. Le pouvoir judiciaire, de son côté, assure que les faits seront examinés avec toute la rigueur de la loi pour mettre un terme à des années d’atteintes à la sécurité publique et à la souveraineté de l’État.





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