Économie
Le plan européen pour la souveraineté industrielle à nouveau différé

L’exécutif européen reporte une nouvelle fois la présentation de son projet phare visant à privilégier la production communautaire dans des secteurs clés, en raison de désaccords persistants entre États membres et au sein même de la Commission.
La Commission européenne a officiellement annoncé le report de la présentation de son initiative destinée à renforcer la production industrielle sur le sol européen. Initialement attendue cette semaine, cette proposition stratégique, souvent qualifiée de plan pour le « made in Europe », ne sera finalement dévoilée que le 4 mars prochain. Il s’agit du troisième ajournement depuis le mois de décembre, un délai supplémentaire destiné à trouver un consensus sur des mesures jugées inédites.
Ce projet législatif, préparé sous l’égide du commissaire chargé de la stratégie industrielle, vise à instaurer une forme de préférence européenne. L’objectif est d’imposer une obligation de fabrication locale pour certaines entreprises bénéficiant de fonds publics, notamment dans des domaines considérés comme stratégiques comme l’automobile, les batteries ou les technologies vertes. Le cabinet du commissaire concerné a indiqué que cette semaine supplémentaire de discussions internes permettrait de consolider la proposition.
La gestation de ce texte se heurte à des divergences profondes. Certains pays, à l’instar de la France, plaident avec force pour une telle mesure afin de protéger leurs filières industrielles, en particulier face à la concurrence internationale. D’autres nations, attachées aux principes du libre-échange, expriment de vives réserves. L’Allemagne, notamment, craint un bouleversement des chaînes d’approvisionnement et souhaite que la production réalisée chez des partenaires commerciaux liés par des accords de libre-échange soit également éligible.
Les débats sont tout aussi vifs au sein du collège des commissaires. Ils portent principalement sur le périmètre exact de la future réglementation et sur les risques d’une augmentation des coûts de production pour les industriels européens, déjà confrontés à une pression concurrentielle intense. Pour rassurer les parties prenantes, l’entourage du commissaire a précisé que le dispositif serait strictement encadré. Il ne s’appliquerait qu’à une gamme limitée de composants critiques, dans un nombre restreint de secteurs, et uniquement lorsque des financements publics sont en jeu.
Cette initiative s’inscrit dans une volonté plus large de l’exécutif européen de doter le continent d’outils pour soutenir sa base industrielle, une réflexion nourrie par divers rapports sur la compétitivité de l’Europe. Le report final illustre la difficulté à concilier ambition industrielle, réalités économiques et équilibres politiques au sein de l’Union.

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