Économie
Le mirage de la renaissance industrielle française


Malgré les annonces clinquantes du sommet Choose France, la réindustrialisation du pays reste un chantier inachevé. Les indicateurs montrent des progrès réels mais insuffisants face aux défis structurels.
Lundi, Emmanuel Macron présidera la neuvième édition de Choose France, rendez-vous annuel où des dizaines de grands patrons étrangers dévoilent leurs investissements dans l’Hexagone. L’an dernier, ces promesses ont atteint 20 milliards d’euros, souvent orientées vers le secteur industriel. Pour la septième année consécutive, le chef de l’État pourra souligner que la France est, selon un cabinet de conseil, le pays le plus attractif d’Europe en nombre de projets étrangers, avec 852 initiatives sur 5 026 recensées en 2025.
L’image du pays s’est indéniablement améliorée depuis quinze ans, alors qu’elle était jugée catastrophique auparavant. Toutefois, cette attractivité ne doit pas masquer une réalité plus complexe. Depuis 2017, les pouvoirs publics mettent en avant la création de 120 000 emplois industriels, une première depuis les années 1970, et un solde positif d’ouvertures d’usines par rapport aux fermetures. Pourtant, le poids de l’industrie dans le produit intérieur brut est passé sous la barre des 10 %, à 9,5 %, tandis que le déficit commercial demeure massif.
Certains économistes préfèrent parler d’une « tendance à l’amélioration » plutôt que d’une véritable réindustrialisation. Ils relativisent l’attractivité du pays en soulignant que la part des filiales étrangères dans la valeur ajoutée française reste inférieure à celle de l’Allemagne, de l’Italie ou de l’Espagne. D’autres experts adoptent une approche sectorielle : si l’automobile a perdu 18 % de sa production depuis la pandémie, la pharmacie a gagné 21 %, rendant impossible toute généralisation.
Un rapport récent pointe un « échec » de la réindustrialisation, notamment en raison d’une mise en œuvre contestée du programme France 2030, doté de 54 milliards d’euros. À cela s’ajoutent les crises successives – Covid, guerre en Ukraine, instabilité politique – et la concurrence chinoise, décrite comme un rouleau compresseur par une instance gouvernementale. L’industrie chinoise propose des produits à bas prix dont la qualité dépasse parfois celle des fabricants européens.
Les prochaines échéances électorales, en particulier celle de 2027, pourraient offrir une occasion de redéfinir la stratégie de renaissance industrielle. Mais les entreprises, pourtant choyées fiscalement depuis plusieurs années, montrent des signes de lassitude. Après avoir bénéficié de mesures favorables, elles sont désormais mises à contribution pour réduire le déficit public. Un responsable patronal a récemment alerté sur un phénomène de rupture jugé très inquiétant pour l’avenir de l’industrie française.





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