Monde
Le ministère de la Vertu afghan intensifie son contrôle sur l’apparence masculine

_**Les autorités talibanes renforcent l’application stricte de codes vestimentaires et capillaires pour les hommes, entraînant arrestations et pressions dans les salons de coiffure comme dans les universités.**_
Les normes de présentation imposées aux hommes par le gouvernement afghan font l’objet d’une surveillance accrue depuis le début de l’année. Le ministère pour la Propagation de la vertu et la prévention du vice a réaffirmé l’obligation pour tout citoyen de porter la barbe, celle-ci devant atteindre au moins la longueur d’un poing. Cette injonction, présentée comme un impératif religieux, s’accompagne d’une campagne de contrôle renforcée sur le terrain.
Plusieurs coiffeurs ont récemment fait les frais de cette politique. Dans la province de Ghazni, un artisan a été détenu pendant trois jours après qu’un de ses employés eut réalisé une coupe considérée comme occidentale. Libéré sans poursuite, il exerce désormais son métier dans la crainte des patrouilles. Des peines d’emprisonnement ont également été prononcées, comme dans la province de Kunar où trois barbiers ont écopé de plusieurs mois de détention à la fin de l’année dernière.
Les établissements d’enseignement supérieur sont également concernés par ce durcissement. Des étudiants de l’université de Kaboul rapportent que les enseignants menacent de pénaliser les notes de ceux dont l’apparence, notamment l’absence de barbe ou de couvre-chef, ne serait pas jugée conforme. Cette pression s’exerce dans un contexte où les femmes sont exclues de l’université depuis 2022.
Un guide diffusé aux imams par le ministère des Affaires religières qualifie le rasage de la barbe de péché majeur, une pratique assimilée à une volonté de ressembler au sexe opposé. Sur le terrain, les agents chargés de faire respecter ces règles interviennent directement dans les salons. Un barbier de la capitale raconte s’être fait interrompre par des inspecteurs alors qu’il taillait les cheveux d’un enfant, se voyant ordonner de coiffer son client « à la manière islamique » et non « à l’anglaise ».
Si la majorité de la population afghane est de confession musulmane, les règles en vigueur avant 2021 laissaient une plus grande liberté, particulièrement dans les zones urbaines. Aujourd’hui, le port du qamis, une tunique traditionnelle, est de rigueur. Les coiffeurs de Kaboul constatent une baisse de la demande pour les rasages courts, notamment de la part des fonctionnaires, qui se font désormais plus rares dans leurs établissements. Pour beaucoup d’habitants et de commerçants, la peur des représailles limite toute velléité de contestation ou de discussion face aux injonctions des autorités.

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