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Le jackpot de l’IA divise les employés de Samsung

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Les salariés de Samsung Electronics votent jusqu’à mercredi sur un accord prévoyant des primes annuelles pouvant atteindre près de 300 000 euros pour certains, liées aux profits de l’intelligence artificielle. Ce dispositif suscite des tensions au sein du groupe et au-delà.

Les employés du géant sud-coréen des semi-conducteurs doivent se prononcer par vote électronique jusqu’à mercredi matin sur un compromis salarial négocié in extremis avec la direction. Cet accord, qui concerne environ 70 000 salariés syndiqués, prévoit un nouveau système de primes pour la division des puces mémoires. Ces bonus annuels représenteront 10,5 % du bénéfice d’exploitation du département, versés en actions, auxquels s’ajoutera 1,5 % en numéraire. Sur la base des prévisions financières, chaque employé concerné pourrait percevoir en moyenne 509 millions de wons, soit environ 290 000 euros.

Ce texte intervient après des semaines de négociations tendues, qui ont failli déboucher sur une grève générale de dix-huit jours. Le vote, ouvert depuis vendredi, devrait être approuvé si une majorité des participants se prononce en faveur de l’accord. Selon des sources syndicales, près de 90 % des inscrits avaient déjà voté mardi matin. Le résultat sera annoncé peu après la clôture du scrutin.

Le contexte est celui d’un essor fulgurant de l’intelligence artificielle, qui a propulsé la demande de puces mémoires, essentielles aux centres de données. Samsung Electronics a vu son bénéfice d’exploitation bondir de près de 750 % au premier trimestre, et sa capitalisation boursière a franchi le seuil des 1 000 milliards de dollars en mai. L’entreprise représente à elle seule 12,5 % du produit intérieur brut sud-coréen, et les puces mémoires comptent pour 35 % des exportations nationales.

Pour les analystes, ces primes massives visent à retenir les talents face à la concurrence internationale. Le syndicat de Samsung souligne que les employés de SK Hynix, autre champion national, ont déjà perçu des bonus trois fois supérieurs l’an dernier. La valorisation sociale des ingénieurs de ces deux groupes a grimpé en flèche, au point qu’une simple veste à l’effigie de SK Hynix est devenue un symbole de réussite sur les réseaux sociaux, associé à des privilèges perçus dans les domaines du luxe ou des relations personnelles. Un emploi dans l’un de ces géants des puces améliorerait désormais les perspectives matrimoniales, selon des agences spécialisées.

Mais ce pacte nourrit aussi des revendications dans d’autres secteurs de l’économie sud-coréenne, de l’automobile à la biotechnologie, où les syndicats réclament une redistribution plus large des bénéfices. Au sein même de Samsung Electronics, l’accord creuse les écarts entre les divisions. Les employés des départements des écrans, des téléphones ou de l’électronique, dont les résultats stagnent ou reculent, ne bénéficient pas des nouvelles primes. Un syndicat minoritaire représentant ces salariés a saisi la justice pour tenter de bloquer le vote, estimant que l’accord favorise de manière disproportionnée la division des semi-conducteurs. Une autre action en justice pourrait être engagée pour contester la validité du scrutin.

Les tensions s’étendent également aux filiales moins exposées du conglomérat Samsung Group, comme Samsung Display, Samsung SDI ou Samsung Electro-Mechanics, où les primes sont bien inférieures. Des négociations salariales pourraient y être relancées. Enfin, un collectif d’actionnaires individuels de Samsung Electronics conteste la légalité de l’accord, faute d’approbation en assemblée générale, et menace d’une action en justice pour le faire annuler.

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