Monde
Le dernier gardien de Saltivka


Dans un immeuble dévasté de Kharkiv, un retraité de 79 ans incarne la résistance silencieuse d’une ville meurtrie, refusant de quitter les ruines de son foyer.
Grygoriï Gladych est désormais l’unique résident d’une tour de quinze étages dans le quartier de Saltivka, à Kharkiv. Cet ancien peintre en bâtiment, âgé de 79 ans, a vu tous ses voisins partir, fuyant les frappes régulières qui ont transformé ce vaste ensemble résidentiel en un paysage de béton éventré. Depuis le début du conflit, il habite seul les lieux, privé d’électricité, de chauffage et d’eau courante.
L’immeuble, maintes fois touché, tient encore debout au milieu de bâtiments calcinés. Pour subsister, l’homme dépend de distributions alimentaires. Interrogé sur un éventuel départ, il répond par une question sans réponse, au milieu de son appartement encombré de bocaux et d’ustensiles. Sa femme et sa fille ont trouvé refuge aux Pays-Bas, mais lui est resté, comme de nombreux habitants âgés des zones exposées, sans ressources pour recommencer ailleurs.
Le quartier de Saltivka, autrefois peuplé de centaines de milliers d’habitants, est devenu l’un des symboles des destructions subies par la deuxième ville d’Ukraine. Les forces russes ont mené un assaut intense sur Kharkiv au début des hostilités, positionnant même des militaires ukrainiens sur le toit de l’immeuble de Grygoriï, finalement détruit par un missile. Bien que le front se soit depuis éloigné, la ville reste la cible d’attaques aériennes récurrentes.
La vie du retraité s’organise dans une solitude ponctuée de rares visites. Des voisins lui apportent parfois de l’eau, denrée précise qu’il va sinon chercher lui-même, un seau à la main, depuis le huitième étage. Il occupe ses journées dans sa chambre, évitant les informations télévisées qu’il juge peu fiables, et reste sans illusion sur les perspectives de paix. Les tentatives de sa famille pour le convaincre de la rejoindre à l’étranger ont échoué, l’homme redoutant de se sentir perdu dans un pays dont il ne parle pas la langue.
Originaire de l’ouest de l’Ukraine, Grygoriï Gladych a passé sa vie professionnelle à Kharkiv, d’abord dans une usine de chars puis comme peintre. Aujourd’hui, dans les décombres de son immeuble, il observe, attend et persiste, incarnation d’une population qui, malgré l’absence de horizon clair, refuse d’abandonner ce qui lui reste.





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