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L’argent fait parler les Français bien plus qu’on ne le croit

Avant les cartes bancaires et les applications de paiement, nos ancêtres inventaient des expressions imagées pour parler de leurs sous. Certaines sont…

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L'argent fait parler les Français bien plus qu'on ne le croit

Avant les cartes bancaires et les applications de paiement, nos ancêtres inventaient des expressions imagées pour parler de leurs sous. Certaines sont encore dans nos bouches, d’autres méritent qu’on les ressuscite.

Avoir pignon sur rue, c’est aujourd’hui signe de réussite et de réputation bien établie. Mais à l’origine, l’expression renvoyait à une réalité très concrète. Au temps de l’Ancien Régime, afficher un pignon visible depuis la rue signifiait qu’on possédait une maison solide et qu’on avait pignon sur rue pour exercer son commerce. C’était une façon de dire qu’on avait les moyens, que l’argent était là. Battre monnaie, lui, vient tout droit des ateliers où l’on frappait les pièces. Au figuré, l’expression décrit quelqu’un qui sait profiter d’une occasion pour se faire de l’argent. Quant au denier comptant, il désigne le paiement immédiat, en liquide, sans crédit ni promesse. Une manière élégante de dire qu’on règle tout de suite, sans laisser d’ardoise.

La langue française regorge aussi de mots pour raconter la gestion ou le manque d’argent. Thésauriser n’est pas simplement épargner. C’est accumuler, garder jalousement, presque avec obsession. Aujourd’hui encore, la Banque de France utilise ce verbe pour mesurer la tendance des Français à conserver des billets chez eux. Faire la bourse, avant d’évoquer les marchés financiers, renvoie au petit sac où l’on rangeait ses pièces. C’était gérer son argent au sens le plus concret du terme. La variante tenir les cordons de la bourse est toujours employée pour décrire une personne qui contrôle rigoureusement un budget, seul ou en couple.

Et quand l’argent vient à manquer, les expressions ne se font pas plus rares. Être à court d’espèces, c’est ne plus avoir de liquide sur soi. Le mot espèces a longtemps été confondu avec épices, produits précieux qui se payaient à prix d’or. Mettre au clou, c’est déposer un objet au Mont-de-Piété pour obtenir un prêt. Cette pratique populaire était très courante à Paris au XIXe siècle, surtout en fin de mois. L’image du clou vient de la manière dont on accrochait les gages. Toutes ces expressions racontent une économie simple et tangible, où l’argent se compte, se range et se partage. Elles révèlent nos peurs, nos fiertés et parfois nos petites obsessions.

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