Monde
La nouvelle génération déserte les bureaux pour les chantiers
Aux États-Unis, de plus en plus de jeunes quittent l’université pour se former aux métiers manuels, portés par la peur de l’IA et l’envie de concret. Un…


Aux États-Unis, de plus en plus de jeunes quittent l’université pour se former aux métiers manuels, portés par la peur de l’IA et l’envie de concret. Un mouvement de fond qui bouscule les préjugés et redessine le marché du travail.
Nizier Lawrence avait suivi la voie classique. Trois années à l’université, des cours théoriques, et une sensation de tourner en rond. Puis il a tout arrêté pour s’inscrire dans une école technique à New York. Aujourd’hui, il apprend le métier d’électricien. Son constat est sans appel en trois semaines de formation pratique, il estime avoir appris plus qu’en trois ans de fac. Il n’est pas un cas isolé. Dans sa promotion, la plupart des élèves ont le même parcours. Ils ont goûté aux études supérieures, avant de réaliser que le concret les attire bien plus que les amphithéâtres. Et la menace de l’intelligence artificielle sur les emplois de bureau n’y est pas pour rien. Beaucoup disent chercher un métier qui résistera aux algorithmes et aux robots. Anthony Byrd, un camarade de Nizier, résume la philosophie générale tout tourne autour de l’électricité aujourd’hui, et sans eux, le monde s’effondre. Un argument qui semble imparable.
Les chiffres donnent raison à cette intuition. Le ministère du Travail américain prévoit une augmentation de 9% du nombre d’électriciens d’ici 2034, soit un rythme bien plus rapide que la moyenne des autres professions. Et le salaire moyen a bondi de 55% en dix ans. La formation coûte environ 18 000 dollars, trois fois moins qu’un diplôme universitaire, et elle dure en moyenne sept mois. De quoi séduire ceux qui veulent un retour sur investissement rapide et surtout un emploi stable. Paradoxalement, la montée en puissance de l’IA crée même des besoins nouveaux les centres de données poussent comme des champignons, et ils nécessitent des électriciens, des frigoristes, des soudeurs. Sans compter que les immeubles auront toujours des canalisations et des câbles, comme le rappelle Zelda Cuesta, coordinatrice de l’école technique Apex. Elle observe un rajeunissement des effectifs et un changement d’image là où les lycées regardaient autrefois ces formations de haut, aujourd’hui on la traite comme une rock star quand elle vient parler aux élèves.
Mais au-delà de la sécurité de l’emploi et de l’argent, il y a une autre raison qui pousse ces jeunes vers les métiers manuels le besoin de lien humain. La pandémie a joué un rôle clé. Après des mois de confinement et de solitude, beaucoup veulent sortir des open spaces, bouger, rencontrer du monde. Jaydon Negron, un autre étudiant, explique que le Covid a été tellement déprimant qu’il a choisi un métier où il utilise ses mains et change d’environnement chaque jour. Nizier, lui, voit dans son futur travail d’électricien l’occasion de connaître beaucoup de gens. C’est ce qu’appelle Amy Quazza, conseillère en formation culinaire, une véritable aventure humaine. Elle voit dans cette génération une soif de contact après en avoir été privée. Les métiers manuels ne sont plus perçus comme un pis-aller mais comme un choix de vie, concret, collectif et résistant aux bouleversements technologiques. Une tendance qui pourrait bien secouer bien des idées reçues.
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