Société
La Chine immerge ses serveurs dans les profondeurs marines

Une entreprise chinoise déploie un centre de données sous-marin en mer Jaune, une innovation technologique visant à réduire l’empreinte énergétique du numérique tout en soulevant des interrogations environnementales.
Un cylindre métallique contenant des centaines de serveurs informatiques sera immergé au large de Shanghai dans les prochaines semaines. Développé par la société Highlander, ce centre de données sous-marin entend révolutionner le refroidissement des infrastructures numériques en exploitant les propriétés thermorégulatrices du milieu marin. Contrairement aux installations terrestres qui consomment d’importantes quantités d’énergie pour leur climatisation, le dispositif utilise le refroidissement passif offert par les eaux marines.
Cette expérimentation s’inscrit dans une stratégie nationale visant à maîtriser l’impact environnemental des data centers, dont la demande explose avec le développement de l’intelligence artificielle. Le projet bénéficie d’un financement public de 40 millions de yuans et s’appuie sur des partenariats avec des entreprises d’État. L’installation sera principalement alimentée par des parcs éoliens offshore voisins, garantissant selon ses concepteurs une électricité d’origine renouvelable à 95%.
La technique présente néanmoins plusieurs défis techniques. Les ingénieurs doivent assurer l’étanchéité du conteneur et prévenir la corrosion saline grâce à un revêtement composite à base de particules de verre. Le raccordement aux réseaux terrestres représente une autre complexité, nécessitant des câbles sous-marins spécifiques. Des chercheurs pointent également des vulnérabilités potentielles face à des cyberattaques exploitant l’environnement marin.
La question de l’impact thermique sur les écosystèmes marins reste centrale. Si l’entreprise affirme que les tests préliminaires montrent un réchauffement limité des eaux, des experts soulignent que le déploiement à grande échelle pourrait modifier les équilibres locaux. La chaleur résiduelle pourrait attirer certaines espèces tout en en repoussant d’autres, avec des conséquences encore mal évaluées sur la biodiversité.
Cette technologie ne se substituera probablement pas aux data centers conventionnels, mais pourrait répondre à des besoins spécifiques, notamment pour les entreprises d’IA et de télécommunications. L’initiative chinoise rejoint des expérimentations menées ailleurs, comme celle de Microsoft au large de l’Écosse en 2018, mais se distingue par son ambition commerciale immédiate. Le succès de ce prototype déterminera la viabilité économique et environnementale de cette approche novatrice.

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