Monde
La Belgique face à son histoire coloniale


Une audience cruciale s’ouvre ce mardi à Bruxelles pour déterminer si un procès doit être tenu concernant la mort de Patrice Lumumba, soixante-cinq ans après les faits. La famille du premier chef de gouvernement du Congo indépendant, soutenue par le parquet fédéral belge, réclame que la justice fasse la lumière sur les responsabilités.
La justice belge examine ce mardi la demande de renvoi devant un tribunal dans le dossier de l’assassinat de Patrice Lumumba. Cette audience devant la chambre du conseil du tribunal de Bruxelles marque l’aboutissement d’une instruction longue de quinze ans, ouverte à la suite d’une plainte déposée par la famille de l’ancien Premier ministre congolais. Les magistrats entendent les plaidoiries des parties avant de se retirer pour délibérer. Leur décision, attendue dans plusieurs semaines, déterminera si un procès pénal aura finalement lieu.
Patrice Lumumba, figure emblématique de l’indépendance du Congo, avait été renversé quelques mois seulement après son accession au pouvoir en juin 1960. Transféré dans la région sécessionniste du Katanga, il fut exécuté le 17 janvier 1961 avec deux de ses compagnons. Son corps, dissous dans l’acide, ne fut jamais retrouvé. Les investigations judiciaires ont depuis établi l’implication de mercenaires belges aux côtés des séparatistes katangais.
Parmi la dizaine de responsables belges initialement visés par la plainte, un seul est encore en vie et susceptible de comparaître. Il s’agit d’Etienne Davignon, aujourd’hui âgé de 93 ans. À l’époque des faits, ce jeune diplomate stagiaire est soupçonné par le parquet fédéral d’avoir participé au transfert illicite de Patrice Lumumba après son arrestation, ainsi que de traitements dégradants. Les magistrats ont requis son renvoi en justice. L’intéressé a toujours contesté toute implication des autorités belges dans cette affaire.
Pour la famille de la victime, représentée par ses enfants, cette procédure revêt une importance symbolique majeure. Il ne s’agit pas, affirment-ils, de rechercher la vengeance, mais d’établir la vérité historique sur des événements qui ont marqué toute une nation. Leur avocat estime qu’un refus d’ouvrir un procès équivaudrait à entériner l’impunité pour des actes graves commis durant la période coloniale.
Cette instruction a déjà permis des avancées notables. En 2016, la justice belge a mis la main sur une dent appartenant à Patrice Lumumba, conservée pendant des décennies par la famille d’un policier belge. Cette relique a été restituée officiellement à la République démocratique du Congo en 2022, lors d’une cérémonie à Bruxelles où le gouvernement belge a réitéré ses excuses pour sa « responsabilité morale » dans ces événements.
La décision qui sera rendue dans les prochaines semaines par la chambre du conseil sera susceptible d’appel. Elle engage non seulement la suite judiciaire de ce dossier complexe, mais aussi la manière dont la Belgique entend assumer l’examen judiciaire de son passé colonial.





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