Culture
Kaouther Ben Hania, une cinéaste au cœur des fractures du monde

Portée par une filmographie engagée et novatrice, la réalisatrice franco-tunisienne s’impose comme une voix majeure du cinéma contemporain. Son dernier opus, présenté à la Mostra de Venise, confirme son art de transformer l’intime en récit universel.
Avec « The Voice of Hind Rajab », Kaouther Ben Hania propose une œuvre saisissante construite à partir des appels de détresse d’une fillette palestinienne de cinq ans, tragiquement disparue dans la bande de Gaza en février 2024. Le film, en compétition pour le Lion d’or, plonge le spectateur dans l’urgence et l’impuissance face à un drame individuel qui dépasse les frontières.
La réalisatrice avait déjà marqué les esprits avec « Les filles d’Olfa », récompensé par un César du meilleur documentaire en 2024. À travers le récit d’une mère et de ses filles confrontées à la radicalisation, elle explorait déjà les zones d’ombre de la société tunisienne avec une approche hybride, mêlant témoignages et reconstitutions.
Née à Sidi Bouzid, une ville sans salle de cinéma, Kaouther Ben Hania a forgé son regard grâce aux films Bollywood visionnés en VHS. Après des études de commerce à Tunis, elle rejoint Paris et intègre la prestigieuse école de la Fémis. Son parcours alterne dès lors documentaires et fictions, toujours ancrés dans des réalités sociales complexes.
Dès « Le Challat de Tunis » en 2014, elle brouille les frontières entre réel et imaginaire, usant de la satire pour interroger les mythologies urbaines. Son langage cinématographique, à la fois personnel et politique, s’affirme pleinement avec « L’homme qui a vendu sa peau », premier long-métrage tunisien sélectionné aux Oscars.
Aujourd’hui, son travail incarne l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes tunisiens libérés des carcans de l’ancien régime. Des sujets longtemps tus – la condition féminine, les violences politiques, les fractures identitaires – trouvent grâce à elle une expression cinématographique exigeante et résolument contemporaine.
« The Voice of Hind Rajab », déjà présélectionné par la Tunisie pour les Oscars 2026, confirme cette vocation à donner une résonance artistique aux blessures du monde. Le film sortira dans les salles tunisiennes le 17 septembre.

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