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Nuñez imprime sa marque à Beauvau en écartant les figures de Retailleau et Darmanin

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Le ministre de l’Intérieur engage un vaste remaniement préfectoral, premier signe d’une volonté de s’affranchir de l’héritage de ses prédécesseurs à six mois de sa prise de fonctions.

Six mois après son installation place Beauvau, Laurent Nuñez amorce un mouvement de fond destiné à marquer son territoire. Mercredi, le Conseil des ministres doit entériner, sur sa proposition, une série de nominations de préfets, première étape d’une recomposition plus large de l’administration territoriale. Cette vague, qui pourrait être la dernière d’ampleur sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, traduit une prise de distance progressive avec les figures de Bruno Retailleau et Gérald Darmanin.

Le départ le plus symbolique est celui d’Hugues Moutouh, secrétaire général du ministère, poste central où il avait été installé par Bruno Retailleau il y a un an. Son remplacement par Étienne Stoskopf, actuel préfet du Val-de-Marne et ancien collaborateur de Laurent Nuñez au cabinet de Christophe Castaner, ne surprend personne. Les deux hommes incarnent des sensibilités politiques et des styles radicalement opposés. Là où le ministre cultive la mesure et le dialogue, son ancien secrétaire général affectionnait les formules tranchantes, comme ce « deux claques et au lit » prononcé lors des émeutes de l’été 2023, qui lui avait valu une vive polémique. Proche d’Éric Ciotti, Hugues Moutouh devrait rebondir à la préfecture de la région Centre-Val de Loire.

Sur le fond, Laurent Nuñez s’attache à infléchir la ligne gouvernementale sur l’immigration, provoquant des tensions avec certains préfets. Sa récente insistance à défendre la délivrance de titres de séjour pour les métiers en tension a été interprétée comme un assouplissement de la doctrine retaillienne. Ce virage, bien que mesuré, suscite des crispations au sein de l’administration.

Le mouvement préfectoral concerne également l’Élysée. Georges-François Leclerc, directeur de cabinet du président de la République depuis octobre dernier, devrait quitter ses fonctions en mai pour prendre la tête de la préfecture de la région Île-de-France, en remplacement de Marc Guillaume, pressenti pour la vice-présidence du Conseil d’État. Ses relations avec Laurent Nuñez, décrites comme exécrables par plusieurs sources, ont précipité ce départ. Frédéric Rose, préfet des Yvelines, est pressenti pour lui succéder auprès du chef de l’État.

Les tensions ne se limitent pas à ce périmètre. Les rapports entre le ministre et le préfet de police de Paris, Patrice Faure, sont également tendus. Mais aucun changement n’est envisagé pour l’instant, le président de la République maintenant son soutien à l’homme qu’il a lui-même choisi.

D’autres préfectures de région devraient connaître un changement de titulaire, notamment en Nouvelle-Aquitaine, en Auvergne-Rhône-Alpes et dans les Pays de la Loire. Dès mercredi, Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture des Bouches-du-Rhône, sera nommé préfet de Mayotte, succédant à François-Xavier Bieuville. Ce vaste mouvement illustre la volonté de Laurent Nuñez de s’entourer d’hommes de confiance et d’imposer sa marque sur l’appareil d’État, à un an de l’échéance présidentielle.

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