Planète
Des bactéries pour purifier l’air des rizières thaïlandaises
Une innovation biologique, développée localement, offre une alternative crédible à la pratique polluante de l’écobuage. Son adoption, encore limitée, pourrait contribuer à améliorer durablement la qualité de l’air dans le royaume.
La fumée âcre des chaumes de riz brûlés est une composante récurrente du paysage hivernal et printanier en Thaïlande. Cette méthode ancestrale, privilégiée pour sa rapidité et son faible coût, libère cependant d’importantes quantités de particules fines, aggravant le smog chronique qui étouffe régulièrement le nord du pays. Face à cette problématique environnementale et sanitaire majeure, une solution biologique émerge progressivement dans les campagnes.
Des produits à base de micro-organismes, pulvérisés sur les résidus de culture après la récolte, accélèrent leur décomposition naturelle. En quelques jours seulement, la paille se ramollit, permettant un labour aisé et préparant le terrain pour la saison suivante. Cette approche présente un double avantage. Non seulement elle évite les émissions polluantes liées au brûlis, mais elle enrichit également la terre, réduisant à terme le besoin en engrais chimiques et améliorant les rendements.
À Chiang Rai, province rizicole particulièrement touchée par la pollution de l’air, les autorités promeuvent activement ces alternatives. Quelques milliers d’agriculteurs ont déjà adopté ces pratiques, séduits par les résultats observés sur la santé de leurs sols. La demande pour ces solutions spécifiques a connu une forte croissance parallèlement au durcissement récent de la réglementation sur l’écobuage, source de tensions avec une profession qui se sent parfois démunie.
Le développement de ces bioproduits est souvent le fruit de recherches locales. Un scientifique thaïlandais à la retraite, par exemple, a mis au point une formule baptisée « Soil Digest », à partir de souches bactériennes indigènes. Son procédé, qu’il juge simple et économique à déployer, réduit considérablement le temps de décomposition des résidus et aurait même un effet positif sur la réduction des émissions de méthane des rizières.
Malgré ces promesses, le déploiement à grande échelle rencontre des obstacles. Le coût initial, notamment pour les petits exploitants, reste un frein, même si les économies réalisées sur les intrants peuvent compenser l’investissement à moyen terme. Les stocks de solutions subventionnées par l’État s’avèrent souvent insuffisants face à la demande. Les experts soulignent que pour engager une transition durable auprès des millions de riziculteurs du pays, une politique globale est nécessaire. Celle-ci devrait combiner incitations financières, accès facilité à la mécanisation et programmes de formation.
Cette innovation biologique représente ainsi une piste sérieuse pour concilier impératifs agricoles et enjeux environnementaux. Son essor pourrait marquer un tournant dans la gestion des paysages agraires thaïlandais, en offrant une réponse concrète à l’un des défis sanitaires les plus pressants du pays.
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