Économie
La flotte mahoraise à l’arrêt, paralysée par des normes inapplicables

Depuis plusieurs mois, une grande partie des pêcheurs professionnels de Mayotte sont contraints de rester à quai. L’absence de renouvellement d’une dérogation cruciale et des dispositifs d’aide jugés inadaptés plongent toute une filière dans l’incertitude.
Au débarcadère du Four à Chaux, l’activité est réduite à sa plus simple expression. Seules quelques embarcations sillonnent encore le lagon, tandis qu’une trentaine de bateaux demeurent amarrés, dans l’impossibilité de prendre la mer. Cette immobilisation forcée dure depuis la fin de l’année dernière, privant de nombreux marins-pêcheurs de leur seul moyen de subsistance. Pour des professionnels comme Assoumane Mohammed, l’inaction se compte désormais en mois, avec les conséquences sociales que cela implique pour les équipages concernés.
La situation découle de la non-reconduction d’une autorisation préfectorale. Celle-ci permettait jusqu’alors à des barques motorisées, ne répondant pas aux standards techniques européens, d’accéder à des zones de pêche éloignées et productives, telles que le banc de la Zélée. Sans cette dérogation, ces navires sont désormais confinés à des eaux côtières moins poissonneuses, réduisant drastiquement leurs captures et leurs revenus. Les discussions avec les autorités locales n’ont, à ce stade, pas permis de dégager une issue.
Les mécanismes destinés à moderniser la flotte et à la mettre en conformité semblent buter sur des obstacles pratiques. Les aides européennes existantes, bien que substantielles, sont perçues par certains représentants de la profession comme mal calibrées pour le contexte mahorais. Les critères d’éligibilité, notamment linguistiques ou administratifs, excluraient une partie des pêcheurs les plus expérimentés. De plus, une récente décision de la Commission européenne ne ciblerait qu’une catégorie très spécifique de navires, laissant de côté les embarcations conçues pour la pêche au large.
Cette impasse réglementaire fragilise une activité économique encore en phase de structuration. Le secteur de la pêche à Mayotte reste majoritairement artisanal, avec une flotte professionnelle active limitée et des infrastructures portuaires et de commercialisation jugées insuffisantes. Paradoxalement, ce territoire disposant d’une vaste zone économique exclusive importe une large part de sa consommation en produits de la mer. L’absence d’un port de pêche dédié et d’organisations professionnelles pleinement opérationnelles complique encore la résolution de la crise.
Une délégation parlementaire s’est récemment rendue sur place pour recueillir les doléances des professionnels. Elle s’est engagée à porter leurs demandes au niveau national, notamment celle de voir élargir les critères des aides à la modernisation. L’enjeu est de taille, il s’agit de préserver une activité essentielle à l’économie locale tout en accompagnant sa nécessaire évolution vers des pratiques durables et réglementées. Pour l’heure, sur les pontons de Dzaoudzi, l’attente et l’inquiétude demeurent les seules certitudes.

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