Monde
Guinée-Bissau le référendum qui doit trancher la place du président
Les électeurs votent ce dimanche pour ou contre une Constitution qui donnerait les pleins pouvoirs au chef de l’État. L’opposition appelle au boycott et…


Les électeurs votent ce dimanche pour ou contre une Constitution qui donnerait les pleins pouvoirs au chef de l’État. L’opposition appelle au boycott et dénonce un processus imposé par la junte.
Dimanche matin, Bissau s’est réveillée sous une pluie intense. Les bureaux de vote ont ouvert à 7 heures dans la capitale, avec un dispositif de sécurité renforcé. La garde nationale et la police étaient postées aux points stratégiques. Dans certains quartiers, l’affluence est restée timide. Ailleurs, les électeurs sont arrivés plus tard, une fois l’averse dissipée. Le vote doit se poursuivre jusqu’à 17 heures et les premiers résultats provisoires ne sont pas attendus avant mardi.
Le projet de Constitution est ambitieux. Il remplace le régime semi-parlementaire actuel par un système présidentiel renforcé. Concrètement, le chef de l’État pourrait nommer et révoquer le Premier ministre et le gouvernement, et dissoudre le Parlement. L’ancien modèle faisait du Premier ministre une figure issue de la majorité à l’Assemblée, ce qui avait donné lieu à des cohabitations compliquées. Après les législatives de 2023, le président de l’époque, Umaro Sissoco Embalo, avait d’ailleurs dissous une Assemblée dominée par l’opposition.
Ce scrutin s’inscrit dans une séquence politique très tendue. Il intervient après le coup d’État du 26 novembre qui a renversé le président Embalo. Le Conseil national de transition, un organe de 65 membres désignés, a adopté en janvier une révision de la loi fondamentale. Les électeurs doivent désormais valider ou rejeter cette nouvelle Constitution par oui ou par non. Le général Horta N’Tam, chef de la junte, les a appelés à participer massivement. « Votez pour une nouvelle étape », a-t-il lancé.
Mais tout le monde ne veut pas suivre. Le PAIGC, le parti historique qui a conduit le pays à l’indépendance en 1974, appelle au boycott. Il dénonce un référendum organisé dans un contexte de restrictions des libertés publiques. Abubacar Ture, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits de l’Homme, met en garde contre un système présidentialiste qui concentrerait tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme. « Cela est dangereux pour notre démocratie », avertit-il. À l’inverse, Nelson Moreira, membre du Conseil national de transition, estime que cette consultation permet de réécrire une loi « truffée de lacunes » et d’éviter les conflits entre la présidence et le Premier ministre.
Les autorités ne prennent aucun risque. Les frontières ont été fermées dès minuit et le resteront toute la journée pour garantir l’ordre. Ce rendez-vous en rappelle d’autres sur le continent. Après le Zimbabwe, la Guinée, le Togo, l’Ouganda ou le Tchad, la Guinée-Bissau est le dernier exemple en date d’un pays africain qui veut modifier sa Constitution pour renforcer l’exécutif. Le 6 décembre, des élections générales sont prévues pour un retour au pouvoir des civils. Mais avant cela, ce referendum donne le ton.
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