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Elle a perdu son fils de neuf ans mais se dit encore mère de cinq enfants

En Cisjordanie, des mères pleurent des enfants tués par l’armée ou par des colons israéliens. Douze d’entre elles racontent une vie brisée et une quête de…

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Elle a perdu son fils de neuf ans mais se dit encore mère de cinq enfants

En Cisjordanie, des mères pleurent des enfants tués par l’armée ou par des colons israéliens. Douze d’entre elles racontent une vie brisée et une quête de justice qui piétine.

Alia al-Hallaq ne dit pas quatre enfants. Elle dit cinq. Son fils Mohammed, neuf ans, a été tué par balle en octobre dernier dans un village de Cisjordanie occupée, mais cette femme au foyer continue de compter son petit garçon parmi les siens. « Je n’ai toujours pas accepté sa perte. Souvent, je reste assise dans la cour de la maison à pleurer en regardant sa tombe en contrebas, en faisant attention que mes autres enfants ne me voient pas », confie-t-elle. L’enfant a été touché alors qu’il fuyait des soldats présents dans son village d’al-Rihiya. Son oncle affirme qu’il s’agissait d’une balle perdue, tirée pendant un affrontement entre l’armée et un groupe de jeunes. Les secours ont constaté que la balle avait traversé son abdomen. Pour sa mère, c’était déjà la fin.

Ce drame n’est pas isolé. Depuis le 7 octobre 2023, l’attaque du Hamas en Israël a déclenché une guerre à Gaza et une flambée de violences en Cisjordanie occupée. Douze mères endeuillées ont été rencontrées pour comprendre ce qui leur arrive. Leurs histoires diffèrent dans les détails, mais toutes décrivent la même chose, une famille éclatée, des enfants partis trop tôt, et aucun responsable poursuivi à ce jour. Le plus jeune enfant tué avait sept mois. Le plus âgé en avait dix-sept. Beaucoup sont morts sur le chemin de l’école, à la sortie d’une boulangerie, ou devant une mosquée. Bana, treize ans, seule fille du groupe, observait la rue depuis sa chambre quand elle a été fauchée par des tirs israéliens, raconte sa mère. Trois autres enfants ont péri dans des frappes, et un dernier a été tué lors d’une attaque de colons.

Les chiffres donnent le vertige. L’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem recense 235 mineurs palestiniens tués par l’armée ou des colons entre le début de la guerre et juin 2026. Une commission liée à l’Autorité palestinienne en compte 250. Cela représente plus de sept enfants tués chaque mois en moyenne, contre un par mois entre 2005 et 2021. Cinq des victimes ont été abattues par des colons. Pour les adolescents, le scénario est souvent le même, des soldats ripostent à des jets de pierre et tirent à balles réelles. Israël qualifie ces jeunes de « terroristes ». Une mère, Dania Abu Haikal, ne comprend toujours pas. Son nourrisson de sept mois a reçu une balle dans la tête en juin 2026, sur ses genoux, dans une voiture à Hébron. Des soldats ont ouvert le feu, blessant aussi la mère, une professeure d’université. « Pourquoi viser un enfant ? Qu’est-ce qu’un bébé de sept mois peut faire pour nuire à des soldats ? » demande-t-elle, une peluche de son fils unique entre les mains. L’armée a évoqué un véhicule qui aurait accéléré en direction de ses troupes. La femme conteste cette version.

Ces mères ne baissent pas les bras. Comme plusieurs autres, Dania a fait appel à un avocat pour réclamer une enquête approfondie de l’armée. Mais elles savent que la route est longue. « Les Palestiniens n’obtiennent pas justice lorsqu’ils sont tués par des Israéliens. Mais nous espérons tout de même. » Une phrase qui dit tout, l’espoir malgré l’épreuve, l’amour d’une mère qui refuse de laisser partir son enfant, même quand tout le reste semble perdu.

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