Économie
Grasse, capitale ressuscitée de la parfumerie mondiale


Longtemps éclipsée par la concurrence et la modernité, la cité des Alpes-Maritimes a reconquis son rang de centre névralgique de l’industrie du parfum grâce à la préservation de son savoir-faire artisanal et à l’engouement des grands groupes pour l’authenticité.
Berceau historique de la parfumerie, Grasse avait vu son rayonnement s’étioler au fil des décennies. La pression immobilière sur la Côte d’Azur, l’essor des molécules de synthèse et la concurrence de bassins de production étrangers avaient fragilisé la filière. La production florale s’était effondrée, et de nombreux acteurs internationaux avaient quitté la région. Pourtant, la cité provençale accueille cette semaine le Salon international des matières premières pour la parfumerie, un événement qui alterne désormais entre Paris et Grasse, signe d’un retour en grâce.
La rose centifolia, emblème de la région, illustre parfaitement cette renaissance. Sa production, qui culminait à 3 000 tonnes au début du vingtième siècle, était tombée à un niveau historiquement bas de 59 tonnes en 2011, supplantée par la rose de Damas, cultivée massivement en Turquie, en Bulgarie ou au Maroc. Si les deux variétés se ressemblent visuellement, leurs profils olfactifs diffèrent profondément. La centifolia dévoile des notes florales et végétales avec une pointe épicée, tandis que la damascena offre des accents plus miellés et presque animaux. Pour des maisons comme Dior ou Chanel, qui utilisent la centifolia dans leurs créations emblématiques, cette substitution était impensable.
Cette fidélité des grandes marques, conjuguée à la préservation des techniques locales, a permis à Grasse de rebondir. L’inscription de ces savoir-faire au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco en 2018 a renforcé cette dynamique. Aujourd’hui, l’industrie du parfum emploie 4 600 personnes dans la région. Si la production reste de niche, avec une récolte annuelle de centifolia remontée à 120 tonnes, les cultivateurs bénéficient du soutien des industriels et de la municipalité, qui a sanctuarisé 70 hectares supplémentaires pour les plantes à parfum.
Les grands noms de l’aromatique ont fait leur retour. Le suisse dsm-firmenich a implanté une usine dédiée aux ingrédients naturels, employant 250 personnes. L’américain International Flavors and Fragrances a doublé la surface de son siège grassois, tandis que Givaudan a annoncé la création d’un vaste centre d’innovation. Symrise, de son côté, a fusionné deux sociétés locales en 2022 et inauguré un nouveau siège l’an dernier. Pour les dirigeants de ces groupes, être présent à Grasse est devenu une nécessité. La région concentre à la fois des techniques de production irremplaçables et un vivier de talents impossible à délocaliser.
Les industriels ont également investi dans de vastes propriétés, transformées en lieux de recherche et de création pour leurs parfumeurs, et en vitrines pour leurs clients. Après Louis Vuitton, qui a ouvert les Fontaines parfumées en 2016, Lancôme a aménagé son Domaine de la rose, sept hectares dédiés à la culture de cette fleur. IFF s’apprête à inaugurer le Domaine des Naturels, un champ conçu comme un laboratoire à ciel ouvert. Quant à dsm-firmenich, il a créé la Villa Botanica, un écrin olfactif surplombant Grasse et la baie de Cannes, où ses parfumeurs du monde entier viennent puiser l’inspiration et présenter leurs innovations aux clients les plus exigeants.





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