Faits Divers
Des émeutes anti-immigrés poussent une communauté entière à se cacher à Belfast
La peur s’est installée dans les rues de Belfast après des violences ciblant des commerces et des logements d’immigrés. Sur fond de désinformation et de…


La peur s’est installée dans les rues de Belfast après des violences ciblant des commerces et des logements d’immigrés. Sur fond de désinformation et de colère en ligne, des familles entières n’osent plus sortir de chez elles.
Devant les ruines de son épicerie orientale, Mohammed contemple les murs calcinés et le sol couvert de céréales brûlées. Il a tout perdu une deuxième fois en un an. Arrivé de Syrie en 2017, il se souvient d’une ville accueillante. Aujourd’hui, la voix tremblante, il raconte que la situation s’est dégradée brutalement ces dernières années. Il avait arrêté de fumer depuis onze ans. Il a repris après l’incendie de son magasin mardi soir, lors d’une vague d’attaques anti-immigrés qui a secoué la ville. Des émeutiers cagoulés ont brûlé un bus, des voitures et plusieurs habitations appartenant à des familles immigrées, ainsi que des centres d’hébergement pour demandeurs d’asile. Mohammed n’a pas voulu donner son nom de famille, par peur pour sa sécurité.
Les violences ont été déclenchées par la diffusion en ligne d’une vidéo d’une attaque au couteau, dont le suspect est un réfugié soudanais. L’extrême droite a immédiatement relayé des appels à manifester. Mais pour Husnain, un étudiant pakistanais de 27 ans, cette explosion de haine n’est pas une surprise. Il voyait monter la colère sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, lui et beaucoup de ses amis musulmans restent terrés chez eux. Nous avons peur, dit-il. Nous vivons cachés. Le Belfast Islamic Centre, une mosquée ouverte depuis près de 50 ans, a dû fermer ses portes pour la première fois de son histoire. Son président, Mohammed Arshed, 73 ans, a refusé de rester chez lui malgré les supplications de ses enfants. Nous avons le droit de sortir dans la rue, a-t-il affirmé.
Dans le quartier, l’économie locale est à l’arrêt. Sultan, le fils du propriétaire du Sham Supermarket, estime que les dégâts dépasseront 400 000 livres, soit près de 460 000 euros. Pendant qu’un employé jette de la viande carbonisée, il explique que les violences touchent tout le monde, les commerces comme les habitants. Les gens perdent de l’argent chaque minute. Pourtant, malgré l’épuisement et l’incompréhension, Sultan refuse d’abandonner. Nous espérons pouvoir reconstruire, dit-il. La vie ne va pas s’arrêter.
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