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Des capteurs dans les racines pour sauver la récolte

Dans le Sud de la France, des agriculteurs connectent leurs vergers pour arroser au plus juste. Résultat moins d eau gaspillée et des arbres en meilleure…

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Des capteurs dans les racines pour sauver la récolte

Dans le Sud de la France, des agriculteurs connectent leurs vergers pour arroser au plus juste. Résultat moins d eau gaspillée et des arbres en meilleure santé.

Jean-Pierre Jaubert promène son regard entre son smartphone et ses amandiers. Autour de lui, le plateau de Valensole grille sous le soleil provençal. Mais lui ne s inquiète plus. Depuis quatre ans, ses 52 hectares d arbres sont équipés d un système d irrigation au goutte-à-goutte contrôlé à distance. Un réseau de 100 kilomètres de tuyaux et des capteurs qui mesurent en continu l humidité du sol, la température et même la circulation de la sève. Résultat l eau arrive exactement là où il faut, quand il faut. Fini les asperseurs qui arrosaient partout. Fini les canons qui gaspillaient. Aujourd hui, l agriculteur déclenche l arrosage depuis son téléphone pour quatre heures par jour, pas une minute de plus. Il a réduit sa consommation d eau de 30% et sa facture annuelle est passée à 45 000 euros. En contrepartie, ses récoltes ont presque doublé passant de 25 à 30 tonnes d amandes autrefois à 50 tonnes aujourd hui. L astuce c est de ne pas trop arroser. Trop d eau et l arbre fait du bois au lieu de faire des fruits.

L innovation ne s arrête pas aux tuyaux. Huit capteurs répartis sur deux parcelles surveillent chaque arbre comme un patient en soins intensifs. Un capteur sol mesure l humidité et la température du terrain. Un autre plus original appelé capteur plante suit la montée de la sève dans la branche. Il indique si la branche grossit au rythme attendu. Toutes ces données sont envoyées vers une application qui conseille l agriculteur ou déclenche automatiquement l irrigation. Jean-Pierre Jaubert compare ça à un biberon donné au bon moment. Pour installer ce système, il a investi 200 000 euros. Il espère rentabiliser en dix ans. Mais tout le monde ne peut pas se le permettre. Beaucoup d agriculteurs hésitent à changer leurs habitudes ou doivent d abord amortir leur ancien matériel. Certains craignent aussi d abîmer les racines en enterrant les tuyaux. Pourtant, dans une région où la sécheresse s aggrave, les experts poussent à sauter le pas.

Denis Vernet a sauté le pas dès 2014. Ce jeune ingénieur agronome a planté 2 500 pistachiers sur cinq hectares à Montagnac-Montpezat. Le pistachier a besoin de peu d eau mais encore faut il la distribuer correctement. Lui aussi a adopté le goutte-à-goutte connecté. Il a dû se former mais il ne regrette pas. Aujourd hui, dans sa région, toute nouvelle plantation adaptée se fait avec ce système. Selon la Société du Canal de Provence, entre 15 et 25% des exploitations irriguées de Provence-Alpes-Côte d Azur utilisent déjà des outils connectés pour gérer l eau à distance. C est plus que la moyenne nationale qui tourne autour de 10 à 20%. L agriculture représente 11% de l eau prélevée en France. Avec le changement climatique, le stress hydrique ne fera qu augmenter. En arboriculture et en maraîchage, la technologie progresse vite. En revanche, dans les grandes cultures labourées, le goutte-à-goutte reste difficile à installer. Pour l instant, ceux qui ont franchi le cap savent qu ils n ont plus le choix. Il faut préserver chaque goutte si on veut continuer à récolter.

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