Monde
De la menace à l’assiette, le Japon revisite sa relation avec l’ours

Face à une recrudescence des rencontres conflictuelles, l’archipel valorise la viande de plantigrade abattu, suscitant une curiosité gastronomique inédite.
La multiplication des incidents impliquant des ours au Japon conduit à une évolution singulière des pratiques. Alors que les autorités intensifient les opérations de régulation pour endiguer un nombre record d’accidents mortels, une partie de la chair des animaux abattus trouve désormais une destination inattendue dans certains restaurants. Cette démarche, encouragée par les pouvoirs publics, vise à transformer une problématique de sécurité en une possible ressource économique pour les zones rurales concernées.
Plusieurs établissements, notamment dans les régions montagneuses proches de Tokyo ou dans le nord du pays, ont ainsi intégré cette viande à leur carte. Les propriétaires constatent un intérêt croissant de la part d’une clientèle intriguée, souvent après avoir suivi l’actualité des derniers mois marquée par des intrusions d’ours dans des zones habitées. Pour ces restaurateurs, il s’agit d’une forme de valorisation, préférable selon eux à la simple élimination des carcasses.
La demande dépasse parfois l’offre disponible, certains gérants signalant des ruptures de stock rapides. La viande, décrite comme riche et goûteuse par ceux qui l’ont expérimentée, est préparée de diverses manières, du mijotage traditionnel en fondue à des présentations plus contemporaines dans des restaurants au cadre raffiné. Cette curiosité gastronomique s’inscrit dans un contexte où la population d’ours, en augmentation, rencontre plus fréquemment les humains, en raison notamment du dépeuplement de certaines campagnes et de variations dans la disponibilité de la nourriture naturelle.
Les initiatives locales cherchent à structurer une filière, depuis l’abattage contrôlé jusqu’à la transformation et la commercialisation. L’objectif affiché est de créer une dynamique vertueuse, bien que des défis logistiques persistent, comme le nombre limité d’infrastructures adaptées au traitement de ce gibier dans les provinces les plus touchées. Pour ses promoteurs, cette orientation représente une manière de donner une seconde vie à une ressource qui, autrement, ne serait pas exploitée, tout en participant à une gestion raisonnée de la faune.

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