Économie
Darquer tire sa révérence, un savoir-faire centenaire s’éteint
Créée en 1840, la plus ancienne fabrique de dentelle de Calais ferme définitivement. Ses 45 salariés quittent l’atelier dans quelques semaines, emportant…


Créée en 1840, la plus ancienne fabrique de dentelle de Calais ferme définitivement. Ses 45 salariés quittent l’atelier dans quelques semaines, emportant avec eux un pan entier de l’histoire textile française.
L’annonce est tombée comme un coup de massue pour les amoureux du patrimoine industriel. Darquer, fleuron de la dentelle de Calais depuis près de deux siècles, a été placée en liquidation judiciaire. Le tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer a rendu sa décision jeudi, mais la production continue jusqu’au 17 juillet, le temps d’honorer les dernières commandes. Le directeur général, Sébastien Bento Soares, ne cache pas son émotion. « On a des clients qui nous ont accompagnés, qu’on va essayer d’accompagner au mieux jusqu’à la fin », confie-t-il, avant d’ajouter sobrement: « On s’est battus jusqu’au bout. » L’entreprise en redressement judiciaire depuis un an n’a pas survécu à la crise.
Darquer faisait tourner encore une quarantaine de métiers Leavers, ces gigantesques machines en fonte venues d’Angleterre et perfectionnées par le système Jacquard. Une technique unique pour produire une dentelle d’une finesse exceptionnelle, celle-là même qui a fait la renommée de Calais et de sa voisine Caudry. Les plus grands couturiers s’en arrachaient les rouleaux, Beyoncé ou des membres de la famille royale britannique ont porté ces broderies de légende. En 2024, le label Indication Géographique a même été obtenu pour tenter de protéger ce trésor des contrefaçons. Mais rien n’y a fait. La concurrence des dentelles tricotées, fabriquées à moindre coût en Asie, a eu raison du savoir-faire artisanal.
Après Darquer, il ne reste plus que deux dentelliers à Calais, plus quelques ateliers à Caudry. Le groupe Cochez, qui avait repris Darquer en 2019 pour bâtir un pôle dentelles, a vu ses ambitions se déliter. Noyon cédé, Desseilles fermé en 2023, Méry vendu en 2025… Aujourd’hui, il ne subsiste qu’un atelier, Boot & Cosetex. Le groupe déplore l’absence de soutien public, autre que moral, alors que ce patrimoine local est « existentiel ». La maire de Calais, Natacha Bouchart, assure avoir « tout fait » pour accompagner les entreprises, abandonné des créances et soutenu des repreneurs. Mais la question reste brûlante: comment continuer à appeler Calais la capitale de la dentelle quand ses métiers s’arrêtent les uns après les autres? Le silence des machines risque de peser lourd.
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