Faits Divers
Les streamers jugés pour la dérive mortelle de leur show en ligne
Ils ont fait d’un homme leur souffre-douleur devant des milliers d’internautes. Aujourd’hui, Naruto et Safine tentent de justifier leur « pièce de théâtre »…


Ils ont fait d’un homme leur souffre-douleur devant des milliers d’internautes. Aujourd’hui, Naruto et Safine tentent de justifier leur « pièce de théâtre » devant la justice.
Depuis lundi, le tribunal correctionnel de Nice scrute les images d’un divertissement qui a mal tourné. Owen Cenazandotti, alias Naruto, 27 ans, et Safine Hamadi, dit Safine, 24 ans, répondent de violences en réunion, d’abus de faiblesse, de diffusion d’images violentes et de provocation à la haine. Leur victime principale s’appelait Raphaël Graven, connu sous le pseudo Jean Pormanove ou JP. Il est mort en août dernier pendant un live, à 46 ans. L’autopsie a écarté l’intervention d’un tiers, et la justice ne juge pas directement son décès. Mais comme l’a rappelé l’avocate d’un de ses frères, impossible d’ignorer le drame qui entoure ces faits.
Le concept était simple et cynique. JP se mettait facilement en colère, et cette réaction faisait rire la communauté. Naruto l’a repéré, puis lui a proposé un rôle central dans des lives quotidiens, de 20 heures à minuit. D’abord sur Twitch, puis sur Kick après des sanctions, la chaîne a attiré jusqu’à 200 000 abonnés et 20 000 spectateurs en moyenne par soir. Les vidéos montrent JP et un autre participant, Stéphane G. surnommé Coudoux, recevoir des gifles, des coups de pied, de fouet ou de batte de baseball. On leur verse des seaux d’eau, on leur jette des œufs sur la tête, on leur hurle dans les oreilles. Tout cela rythmé par une petite chanson « JP veut pas d’ça ». Les enquêteurs n’ont pas pu récupérer l’intégralité des images, faute de coopération des plateformes.
À la barre, les deux streamers peinent à convaincre. Naruto, polo bleu et barbe brune, qualifie le tout de « pièce de théâtre » et de « cinéma ». Il assure que le but était simplement de chercher des réactions, toujours dans la bonne ambiance. « C’est dommage de réduire ça à de la violence », dit-il. Il insiste sur le fait que JP n’est jamais allé à l’hôpital en trois ans de lives, et qu’il était « très heureux dans sa vie ». Safine, lui, semble plus nuancé. T-shirt blanc et chignon, il avoue ne pas être fier, voire être « dégoûté » de ses actes. Il explique avoir tenté de prendre ses distances, sans réussir à renoncer aux 6 000 euros que Naruto lui versait chaque mois. En janvier dernier, après un article de Mediapart, les deux hommes ont été placés en garde à vue. Mais les policiers, selon Safine, n’ont pas pris l’affaire au sérieux, se contentant de photos souvenirs avec eux. À l’époque, JP et Coudoux avaient encore confirmé la thèse des mises en scène. C’est la mort en direct de JP, après douze jours de live marqués par des violences et des humiliations, qui a tout fait basculer. Son corps a été retrouvé inerte sous son drap, sous les yeux des internautes. Le choc a relancé l’enquête et poussé la justice à agir. Parallèlement, une autre investigation est en cours à Paris pour déterminer le rôle de la plateforme Kick, notamment ses éventuels paiements aux streamers et les mesures qu’elle a prises face aux dérives.
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